12/06/2005

Chapitre 8 (1/3)

Suivant les conseils de Duke, je me suis "désindigestionnée"...Merci, Duke ;o)
 
 

Il était 22h30 lorsque Xabe Riad quitta le commissariat général de Madrid. Il traversa rapidement la Calle Julian Gonzales Segador, gagna la Calle Tijuana et continua son chemin sur la Gran Via Hortaleza.

Au bout de quelques minutes, il sentit un frisson désagréable lui courir le long de l'échine. Des sueurs froides et une horripilante sensation de vulnérabilité. On le suivait.

Il se tourna immédiatement mais ne perçut rien que la nuit froide et les voitures qui défilaient dans l'avenue.

Il pressa le pas, tout en prêtant attention aux rares bruits provenant du trottoir. Une demi-minute passa pendant lesquelles il n'entendit rien puis, son oreille gagnant en acuité, il commença à distinguer quelques sons suspects.

Comme un chuintement, quelques mètres derrière lui. Qui restait à distance relativement respectueuse.

Presque insensiblement, Riad accéléra le pas, atteignant ainsi le croisement avec la Calle Sucre dans laquelle il s'engouffra.

Tout se passerait durant ces quelques secondes d'avance. Une encoignure, un renfoncement, n'importe quoi, mais très près du croisement, de façon à surprendre son poursuivant.

Il trouva tout de suite et attendit, intrigué.

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 secondes. L'autre déboucha dans son angle de vue et dépassa la cachette d'un pas rapide et furtif.

- Stop ! Rugit Xabe en dégainant son arme de service et la pointant directement sur la nuque de l'homme.

L'autre laissa échapper un grognement de surprise avant de lever les mains dans un geste trop théâtral pour être naturel...

- Ne..ne tirez pas, inspector, c'est moi, c'est Trabajo.

De prime abord, le nom ne lui évoqua rien aussi l'inspector resta-t-il un court instant sans réagir, tentant de rassembler ses souvenirs.

Enfin, le déclic se fit et il baissa son arme.

- Mais qu'est-ce que vous foutez là, nom de Dieu ?!

L'agente se tourna tout à fait, une grimace embarrassée tiraillant son visage. Riad le toisa sans aménité, partagé entre le soulagement et l'irritation.

Non seulement cet imbécile de petit agent de quartier avait failli faire perdre son sang-froid à l'inspecteur de l'UDEV mais, de plus, il compromettait grandement la suite de la soirée de celui-ci.

- Excusez-moi, inspector, continuait l'agente de Ciudad Lineal, je voulais juste vous parler...c'est à cause de l'affaire de ce matin...vous savez, le..les..

- les photos, oui, coupa court Riad, qui sentait l'énervement croître. Et alors ?

- Eh bien, je me suis dit que, peut-être...enfin, je veux dire...je pourrais vous aider.

Trabajo baissa les yeux immédiatement, conscient malgré tout de la stupidité de sa proposition.

L'Inspector, lui, était bien trop stupéfait pour se laisser aller à l'hilarité qu'aurait occasionné, dans d'autres circonstances, la remarque de la malheureuse recrue.

- Et c'est pour ça que tu as joué au sioux ? S'étonna-t-il, passant au tutoiement. Tu ne pouvais pas me téléphoner ou simplement venir me le dire au Comisaria ?

Trabajo se sentait comme un enfant pris en flagrant délit. Cette idée toute simple ne lui était bêtement pas venue à l'esprit. Dans son rêve éveillé, il s'était imaginé aborder Riad près de sa voiture dès son service fini. A aucun moment, il n'avait pensé au téléphone ou à une demande plus officialisé.

A la fois contrarié par le tour qu'avaient pris les choses, par lui-même et par l'inspecteur qui l'humiliait, l'agent sentit le rouge lui monter aux joues.

- Je...je ne voulais pas vous déranger tant que...

- Ah oui ? Eh bien c'est raté !

Luttant contre la colère, Riad laissa échapper quelques jurons étouffés qui se perdirent dans la rue. Trabajo, lui, restait désespérément muet, les poings serrés, luttant contre les larmes de rage qui lui montaient aux yeux.

« Ca y est, maintenant je me suis vraiment fait passer pour un crétin », se disait-il en boucle tandis qu'il repensait aux différentes bavures commises sur la journée. L'arrestation de l'assistant de Zapatejo, l'oubli des photos, la dispute avec son supérieur...et maintenant, l'idiote filature du gars de l'UDEV.

- Mais qu'est-ce qui peut bien se passer dans ta petite tête, madre de dios ! Continuait Riad, se calmant peu à peu.

Il observait de nouveau le jeune policier qui, toujours tête baissée, semblait au bord des larmes. Un jeunot. De cette génération de grands enfants qui s'imaginaient devenir des John MacLane en entrant dans la police. Des « Die Hard » en puissance.

Ils déchantaient vite, généralement. Ou alors ils devenaient comme ce gamin, là. Toujours en quête de l'affaire qui les tirerait de leur train-train administratif.

Malgré lui, Riad se sentit une pointe de compassion pour le petit gars qui lui faisait face, très certainement humilié. La police était un dur métier pour la génération actuelle. Un métier ingrat.

- Bon, qu'est-ce que tu veux, vraiment ? Finit-il par lâcher, subitement radouci.

L'agent de Ciudad Lineal releva la tête immédiatement, rassuré par le ton de voix de son interlocuteur.

- Je...j'aimerais vous aider, monsieur.

L'inspecteur se mordit les lèvres en silence. C'était bien ce qu'il avait pensé. Évidemment : l'affaire des photos.

Il consulta sa montre en vitesse puis, constatant l'heure tardive, trop tardive pour l'affaire qui l'avait amené jusque là, il fit contre mauvaise fortune bon coeur et décida de laisser sa chance au petit. S'il arrivait à le convaincre, alors, peut-être...mais il faudrait que tout ceci reste confidentiel. Hors de question d'officialiser ce type de collaboration !

Il l'aiderait, lui montrerait la voie à suivre, lui fournirait les trucs qui lui permettraient un jour d'entrer à l'UDEV mais au-delà de ça, basta !

Si le petit voulait vraiment l'aider, il devrait comprendre qu'il aurait à s'effacer. Cette affaire était celle de Riad, pas de Trabajo. Qu'il y participe au-dehors, d'accord, mais rien de plus. Une recommandation de Riad serait une récompense bien suffisante.

- Et comment veux-tu faire ça, petit ?

Trabajo considéra l'inspecteur les yeux brillants. Il n'était pas totalement dupe et l'air serein de Riad semblait encourageant.

- Je pourrais vous mâcher le travail, monsieur. Taper vos rapports ou faire des recherches ou...

L'inspecteur eut un soupir intérieur de soulagement. Au moins le garçon ne voulait-il pas en faire plus que de raison.

- Et en quoi crois-tu que je puisse être intéressé ?

- Je travaille vite, monsieur, répondit vivement Trabajo. Je ne suis pas un idiot. Pas totalement, ajouta-t-il après un moment, songeant à nouveau au El Païs. Vous pouvez le demander au Jefe, je sais me rendre utile !

Riad leva une main apaisante, cherchant à endiguer le flot de paroles qui s'échappait maintenant en continu de l'agente.

- Holà ! Du calme, mon garçon. Il nous faut d'abord mettre deux, trois petites choses au point. Ensuite, je réfléchirai à ton offre, ça te va ?

Trabajo n'osa pas répondre, sentant que sa voix trahirait les espoirs inconsidérés qu'il plaçait en Riad et se contenta d'un hochement de tête silencieux.

L'inspector consulta une dernière fois sa montre, fut sur le point de dire quelque chose puis se ravisa. De toute façon, c'était trop tard.

Il réfléchit donc un moment puis, sa décision prise, il entraîna le jeune Trabajo à sa suite.

- Ok, voilà ce qu'on va faire, commença l'inspecteur d'une voix traînante. Tous les soirs, en sortant du boulot, je fais une petite promenade. A la fois pour me dégourdir les jambes et pour un peu mettre de côté ce que je fais pendant la journée. Disons que je me ressource, tu dois savoir ce que c'est.

Légèrement tremblant, Trabajo hocha à nouveau la tête, préférant laisser l'inspecteur continuer plutôt que risquer de rompre la féérie du moment.

Riad sourit faiblement, percevant la nervosité de son jeune compagnon.

- Mouais. Bon, donc, ce que je te propose, c'est qu'on fasse cette ballade ensemble aujourdh'ui. Je te donne mes conditions et, à la fin, je te ferai savoir ma décision.

Et Riad énuméra ses conditions sur plus de cinq cent mètres. Pas d'officiel, leur collaboration serait purement gratuite et secrète. Pas de récompense autre que la considération de Riad et son support lors d'une demande d'affectation. Obéissance aveugle et totale. Pas d'initiatives personnelles.

- Tu comprends, disait-il. Si tu te mets dans de sales draps, je ne pourrai rien faire pour toi puisque nous ne sommes pas sensés travailler ensemble.

A chacune de ces conditions, Trabajo répondait de la même façon : un hochement de tête distinct et concentré.

En réalité, l'excitation le gagnait et loin de réaliser les implications, ou plutôt les non-implications, de leur coopération secrète, il n'en voyait que les côtés les plus intéressants à son sens. Il se sentait l'égal d'un James Bond, travaillant à couvert, incognito, flouant jusqu'à son Jefe dans cette association officieuse, et ne voyait pas l'inutilité d'une telle démarche. Jusqu'aux dernières paroles de l'inspector qui lui parurent revêtir un aspect héroïque.

Il avait repoussé dans un coin de son cerveau le caractère chiche de la récompense à ses bons et loyaux services, se disant qu'avec le temps il pourrait peut-être inverser la pression. Qui sait ?

Riad, quant à lui, avait très bien compris l'utilité du garçon et venait de s'octroyer un assistant fidèle et totalement esclave à sa cause, qui se dépenserait sans compter tandis que lui récupérerait les éventuels lauriers.


Leurs pas les avaient menés jusque dans une étroite ruelle où les deux hommes conclurent leur accord. Aveuglé par sa bonne fortune, Trabajo ne remarqua pas les coups d'oeils furtifs que lançait Riad vers les fenêtres d'une des maisons, tout comme il ne remarqua pas plus les rideaux de ladite fenêtre bouger comme sous l'effet d'une brise légère.

Un simple geste de l'inspecteur et les rideaux retombèrent brusquement.


Enfin, Riad décida de lever le camp et les deux policiers s'engagèrent dans une rue adjacente, regagnant le Comisaria Principal.


Accoudé à la tablette de la fenêtre, un homme regardait l'inspecteur de l'UDEV et son nouvel assistant longer le trottoir avant de disparaître au coin d'une rue.

Il se tourna vers le lit où reposait une jeune femme d'une vingtaine d'années, les yeux perdus dans un paradis artificiel, entièrement nue.

- C'est bon, querida, tu peux ranger tout ton attirail. Il ne viendra pas ce soir.

Sur ces mots, il quitta la pièce sans un regard pour les formes blanches qui se découpaient dans l'obscurité.

- Mmm...Juan, se plaignit la femme alors que les pas de son compagnon s'entendaient déjà dans l'escalier, tu n'as pas envie de ta petite Inès, un petit peu ?

Au prix d'un difficile effort, elle se releva et se dirigea vers la fenêtre dont elle écarta les rideaux, offrant ainsi son corps aux regards du voisinage.

Peu satisfaite de l'effet produit, totalement inconsciente de l'heure avancée, elle ouvrit les battants, laissant entrer un vent froid dont la caresse la glaça autant qu'elle l'excita.

- Juan, gémit-elle encore.

A ce moment, la porte s'ouvrit tout grand et l'homme se précipita dans la chambre.

- Mais tu es complètement folle, gronda-t-il en fermant la fenêtre et s'assurant que personne n'avait surpris le spectacle.

La femme se laissa aller dans ses bras, pressant ses fesses nues contre l'entrejambe de l'homme.

- Juan, viens dire bonjour à ta petite soeur, supplia-t-elle, lascive, tandis que sa main cherchait à tâtons de prendre le relais de ses fesses.

L'homme la repoussa rudement.

- Inès ! Arrête !

Toujours perdue dans son monde, la femme oscilla faiblement avant de se tourner et de se pendre au cou de l'homme.

- Allez, Juan. Une fois, juste une fois, je sais que tu en as envie...

L'homme hésita un moment, luttant visiblement entre son devoir et ses envies.

- Ines, on ne peut pas...c'est mal.

- Qu'est-ce qui est mal ? continuait la femme, attirant maintenant l'homme vers le lit qui occupait tout le centre de la pièce.

- Ines...arrête, je t'en prie. On ne peut pas. Tu es...

- Je sais, continua la femme d'une voix traînante, je suis ta soeur. Allez, viens donc montrer à ta petite soeur comme tu l'aimes. J'en ai envie, Juan. J'en ai toujours envie, tu le sais.

Cédant à l'appel des seins lourds et blancs qui se balançaient devant lui, l'homme avança une main timide.

- Après tout, se justifia-t-il, qui le saura ? Même pas toi, ma beauté.

16:55 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

SALUTE! Oufti!Comme une bonne belge qu'elle est Zabel est sortie du tombeau.Ta balade à
Madrid semble très bien se dérouler.Ca bouillonne dans la petite boite à neurones.
Bises swingantes.

Écrit par : Duke | 13/06/2005

Coucou... Merci pour tes encouragements...ça fait du bien!
Je ne suis pas encore en vacances "scolaire" puisqu'il me reste un exam à 19h...Un oral en plus...que du bonheur...
Néanmoins après ça, je pourrais enfin reprendre le fil de ton histoire...j'dois au moins avoir 2 ou 3 chapîtres de retard!!!!
A bientôt...

Écrit par : Seb | 20/06/2005

Et ? Et alors ? Ca n'avance pas ici ?!

Écrit par : Zorro | 27/06/2005

Arf ! Naaan, j'avoue qu'écrire comme ça, avec des échéances régulières, ça n'est pas très évident et la qualité s'en ressent...mais j'y travaille, j'y travaille

je viens de finir la maquette 00 de R-Zéro, donc je devrais avoir un peu plus de temps puisque, maintenant, il ne reste plus qu'à réécrire les passages litigieux...puis il faut que je finisse mes nouvelles pour le concours Polar 2005 (plus qu'un jour avant l'envoi et ce soir je suis à un concert...donc, dur dur)...et enfin, je rattaque le blog

Sorry à tout le monde.

Écrit par : Isa | 28/06/2005

courage il y a des temps où l'on ne sait plus où donner de la tête. je viens de sortir aujourd'hui d'un long tunnel que le boulot avait créer.
je vais donc enfin pouvoir souffler et je suis sûr que cela sera ton cas bientôt.
j'ai décidé d'abandonner mon blog "La suite" mais je vais en créer un pour parler de ma fille, je te donnerai l'adresse si cela t'intéresses
bon courage et à bientôt

Écrit par : Lo | 01/07/2005

Les commentaires sont fermés.