25/05/2005

GRANDE NOUVELLE !!!

J'ai une très très grande nouvelle à annoncer : mon premier roman, R-Zéro, a été définitivement accepté à l'édition !!!!!
Etant donné le boulot de relecture et de ré-écriture de certains passages et personnages ainsi que la correction de quelques faiblesses dûes à un premier essai littéraire, je vais devoir momentanément abandonner ce blog.
Ou du moins m'y faire plus rare.
 
Comme vous l'avez remarqué, je n'ai pas pu poster ce mardi et c'est au moment où j'avais entamé une accélération dans la fréquence des posts que ce nouveau boulot me tombe dessus. Dommage...mais tant mieux, aussi ;o)
 
Alors, je vous propose ceci, j'espère que vous répondrez présents et que vous me ferez part de vos commentaires : je ne posterai pas deux fois par semaine, ce serait impossible, mais par contre, je m'engage à vous fournir une suite tous les LUNDIS.
Comme ça, je pourrai me consacrer à l'édition pendant la semaine et au blog le week-end.
 
Etes-vous d'accord pour me suivre encore dans cette aventure même avec une cadence un peu ralentie ???

22:51 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

18/05/2005

Chapitre 7 (3/3)

Guillaume Cullier n'avait jamais respecté une routine particulière si ce n'était celle que lui imposaient ses fonctions. Et là encore, le doute était permis : chaque jour différait de son précédent, apportant son contingent de nouvelles auxquelles il fallait réagir asap en bousculant souvent la confortabilité fonctionnariale dont d'aucuns auréolaient la magistrature. Le Juge, n'ayant aucune contrainte conjugale, était entièrement disponible pour son travail et calibrait ainsi sa vie et son horaire en fonctions des affaires en cours.

Guillaume Cullier avait 33 ans – l'âge du Christ, soulignait sa mère – et descendait en droite ligne d'un aide de camp de Napoléon, si l'on en croyait la légende familiale entourant Auguste-Désiré Laplante, 6 fois arrière grand-père de Mme Cullier mère. Le vénérable aïeul, quoique dûment enterré et décomposé depuis fort longtemps en cette chère terre de France, alimentait encore régulièrement les griefs que Thérèse Cullier, née Laplante, entretenait à l'encontre des conquêtes féminines de son fils, suite à une anecdote qui eut pu être pathétique sans le sel qu'en avait retiré le juge, alors encore étudiant en fac de Droit. Pour la première fois de sa vie, l'arrogante Thérèse avait eu le bec cloué par une péronelle philosophe de 19 ans qui, excédée par le verbiage de sa potentielle marâtre, avait déclaré avec force que si Napoléon avait eu autant d'aides de camp que ceux revendiqués, la butte de Waterloo n'arborerait pas le lion anglais mais un charmant gallinacée tricolore. Thérèse ne s'en était pas encore remise, près de 15 ans plus tard, et accueillait toujours avec autant de froideur les rares compagnes que lui présentait son fils. Au moins avait-elle avait définitivement cessé de vanter les mérites d'Auguste-Désiré au premier contact.

Guillaume Cullier, donc, ne suivait aucune routine inébranlable. En apparence.

Car, depuis quelques temps, à peu près six mois, était apparu ce qu'il appelait « le rite du vendredi soir ». Rite A les semaines paires, rite B les impaires. La faute à Leah. Ou plutôt aux enfants de Leah.

Il l'avait rencontrée un peu plus d'un an auparavant, à l'occasion d'un événement mondain. Leah, de son vrai nom Florence Genet, « escortait » avec beaucoup de grâce un quinquagénaire au physique quelconque mais au portefeuille suffisamment garni pour s'accorder les faveurs sociales de la jeune femme.

Elle avait harponné le magistrat près du buffet, l'avait séduit sur la terrasse et s'était enfuie au bras du barbon avant même que Cullier eut réalisé être sous le charme de la belle.

Deux semaines plus tard, il la rencontrait « par hasard » près du Tribunal. Il l'invita à déjeuner. Elle, à dîner. Ils zappèrent le pousse-café.

Le Juge arriva en retard au boulot le jour suivant.

Florence/Leah était accompagnatrice de charme. Escort-girl, en politically correct. Pratiquait des tarifs prohibitifs, filtrait les clients, se déplaçait au besoin et refusait certains services. Une âpre femme d'affaires de 29 ans à l'entreprise florissante et au bilan annuel constant : un maximum de bénéfices pour un minimum de frais. Une fiduciaire se chargeait de la comptabilité.

Florence/Leah avait deux enfants, ce que le magistrat n'apprit qu'après plus de trois mois d'ébats réguliers...et gratuits. Deux garçons, neuf et sept ans : Hugo et Gianni. Le premier issu d'un amour universitaire malheureux, le second d'un amour professionnel malheureux. N'en avait pas dit plus.

Florence/Leah ne disposait d'aucun diplôme particulier, excepté un bac ES. Avait tout appris sur le terrain : dans les réunions, les séminaires, les voyages particuliers, les soirées mondaines. Avait pris note de tout, patiemment, et mis d'application les conseils prodigués aux autres. Avait ainsi fait fructifier ses honoraires et s'était accordé suffisamment de temps libre entre ses différentes obligations pour parfaire son instruction.

Elle n'avait plus que quelques clients réguliers....et Guillaume Cullier. Un Cullier qui profitait gratis des faveurs de la belle de jour et à qui il avait fallu près de huit mois pour admettre sa liaison avec une prostituée de luxe.

Ce vendredi 11 mars était un vendredi de rite B. Les enfants de Leah passaient le week-end chez leurs grands-parents et la jeune femme descendait sur Chalons. Le magistrat irait la chercher à la gare, au train de 20h, pour l'emmener directement rue Léon Bourgeois manger une brochette de noix de saint-jacques dans le décor rétro des « Années Folles ». Ensuite, suivant l'engrenage bien huilé, ils quitteraient les lieux et gagneraient immédiatement le duplex du Juge.

Le rite A était pour la semaine prochaine, quand Cullier monterait sur Paris...

Pour l'instant, il n'était que 18h et Cullier méditait dans son cabinet. Il avait eu le commissaire de Crémincourt au téléphone plus tôt dans la journée et la conversation avait été éprouvante pour les nerfs du Juge : Aubry Waals n'était pas du genre à accepter facilement la défaite.

Cullier sentait le malaise aller crescendo tandis qu'il réalisait que l'échéance approchait. Il avait tenté de retarder ce moment au maximum.

Enfin, il laissa échapper un soupir et saisit le téléphone qui reposait sur le bureau. Composa rapidement un numéro. L'attente parut durer une éternité avant qu'une voix impersonnelle ne réponde. Une autre éternité de transfert avant d'obtenir son interlocuteur, celui qu'on lui avait assigné. Et une dernière à laisser parler celui-ci.

- Oui, monsieur, rétorqua-t-il enfin avec l'insupportable impression de s'être souillé, je lui ai ordonné de rentrer. L'affaire va être classée, Monsieur


23:45 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

10/05/2005

Chapitre 7, 2ème partie

 retour à Lyon...


- Eh beh ! siffla le commissaire dès qu'il eut fini la lecture du dossier transmis par Interpol. Ce type est un vrai de vrai businessman !

A ses côtés, Matthew Leroy se contenta d'opiner en silence.

- Non mais t'as vu ça ? Docteur ès Finances, Directeur de la division banque d'investissement, Conseiller en Politique Economique auprès du Chancelier allemand...nom de Dieu, ce gars ne fraye pas avec le petit peuple !

Aubry reprit le dossier et continua d'épeler les différents titres et fonctions occupés par le rapporteur depuis ses débuts professionnels quelques 13 ans auparavant. La liste n'était pas longue mais impressionnante, aussi y eut-il comme un flottement lorsque le policier eut fini. Il lâcha les papiers, se leva et gagna l'énorme baie vitrée qui courait tout le long du bureau de Leroy.

La journée s'était déroulée dans un camaïeu de gris, les rayons du soleil s'enlisant dans la couche nuageuse, et la morosité environnante avait contaminé chacun.

C'était son dernier jour à Lyon, il devait reprendre le train de 20h à Part-Dieu et regagner Crémincourt où l'appelaient non seulement les affaires courantes mais également le Juge Cullier. D'après ce qu'il avait pu comprendre de leur dernier échange téléphonique, la préfecture avait exprimer le désir de classer l'affaire.

- Je sais que ça ne te ravit pas, Aubry, avait rapidement ajouté Guillaume Cullier, pressentant la réaction de son remuant effectif, mais aucun crime n'a été commis, du moins au sens strict de la loi.

- Putain, avait rugit le commissaire, hors de lui, on a quand même reçu des embryons humains!

A l'autre bout du fil, Cullier avait soupiré.

- Calme-toi, mon vieux, ça ne sert à rien. D'un point de vue strictement médical, ces embryons étaient Claudio Buzzeto, Eric Kaulbl et Guy Van Abdij, tous trois soit morts depuis longtemps, soit vivant et en excellente santé. Officiellement, ils n'avaient pas 4 semaines mais bien 37, 47 et 59 ans. Rien ne les relie, ni entre eux, ni à notre affaire, exception faite, bien évidemment, de leur patrimoine génétique. Ils n'ont même, à aucun moment, été inquiété par notre homme.

- Mais justement, bordel de Dieu ! Guillaume, ouvre les yeux ! Avant le premier crime, la notion même de crime n'existait pas ! Nous sommes face à ce qui va faire office de précédent, mon vieux ! Une nouvelle forme de criminalité, issue directement des techniques du troisième millénaire !

Bien qu'il s'y soit attendu, Aubry avait été profondément blessé par le léger rire qui lui parvint, déformé par la distance.

- Tu nous la joues Fox Mulder, là, ou quoi ? ricana Cullier. A moins que ça ne soit la guerre des clones ? S'il te plaît, mon vieux !

Le juge s'était accordé quelques secondes, durant lesquelles le policier avait à nouveau surpris quelques gloussements étouffés. Enfin, Cullier récupéra son sérieux.

- Ecoute-moi bien, Aubry, parce qu'on ne reviendra pas dessus : si on n'a rien de nouveau, rien de tangible qui permette de continuer l'enquête d'ici lundi prochain, tu laisses tomber l'affaire, est-ce clair ?

Le commissaire avait alors maugréé deux ou trois syllabes inintelligibles que son interlocuteur interpréta comme assentiment et les deux hommes avaient raccroché sans autre forme de procès.


Le policier consulta sa montre : il était à peine 17h et le ciel louvoyait dans le noir, prêt à décharger toute l'électricité accumulée lors des dernières heures. Il se sentait en harmonie avec le temps et espérait que l'orage imminent exorciserait sa propre rage.

- On n'a plus beaucoup de temps, Matt, annonça-t-il à l'agent d'Interpol avant de se tourner vers lui. Qu'est-ce que ça a donné du côté belge ?

Leroy secoua la tête en affectant la grimace des mauvais jours

- Rien du tout, mon vieux. Le juge est mort gentiment d'une embolie cérébrale. Foudroyant mais légal.

- Merde ! Et son dossier médical ?

Le coordinateur s'agita sur son siège

- On n'a pas le droit d'y toucher. L'identité a été prouvée, le corps n'a subi aucune dégradation et il n'a été victime d'aucune erreur médicale justifiant une levée du secret médical. Dans le meilleur des cas, la famille pourrait exiger le dossier auprès des différents médecins mais d'après les renseignements que j'ai pu obtenir, Mme Van Abdij est actuellement résidente du département oncologique de l'Hôpital Erasme, si tu vois ce que je veux dire.

Le policier soupira et se laissa tomber dans le siège voisin.

- Pieds et poings liés. Merde ! Rugit-il en faisant trembler le bureau sous son poing, on va être obligés de lâcher l'affaire, Matt. Un dingue court dans la nature, envoyant des foetus clonés et tout le monde s'en fout.

- Aubry, je ne peux rien faire, tu le sais bien.

- Mouais, je sais, je sais, grommela-t-il. Et Cullier qui ne veut rien entendre.

D'un mouvement fébrile, il reprit le dossier de Kaulbl.

- Tu crois qu'on pourra au moins avoir le dossier médical du jumeau de Kaulbl, Benedikt ?

Leroy répondit d'un simple haussement d'épaules.

- Pas en deux jours, en tout cas. Je vais envoyer une notice pour la police allemande mais je ne te promets rien.

Le policier laissa échapper un soupir de découragement. Rejeté en arrière sur son siège, il se frotta longuement les yeux avant de s'étirer et de sombrer dans une profonde méditation, les traits tirés par l'amertume et la fatigue . A ses côtés, Matthew Leroy l'observait avec inquiétude.

Près de quinze ans séparaient les deux hommes et l'agent d'Interpol avait d'abord vu d'un mauvais oeil la collaboration imposée avec un policier si jeune. Il avait superstitieusement craint la supériorité et l'inconscience que conférait la jeunesse, lui même ayant dû vaincre les siennes à de nombreuses reprises au cours de sa carrière, mais Aubry Waals l'avait déconcerté en une toute autre manière. L'homme était jeune, à peine plus de la trentaine, mais on sentait en lui celui qui connaissait le risque de l'impulsivité. Bien que d'abord rebuté par les chapelets de jurons qui pouvaient échapper au policier, Leroy avait vite compris que ceux-ci lui permettaient non seulement de poser sa présence mais également d'accorder un temps supplémentaire à la réflexion.

Le jeune commissaire était un être difficilement cernable, un personnage à deux vitesses, inconsciemment changeant et d'un naturel désarmant. Pas le style qu'une femme aimerait materner, songea-t-il en surprenant le pas de l'assistante de Lane dans le couloir. Trop difficile, trop fier, trop entier. Trop volage aussi, peut-être.

D'un long regard, le coordinateur jaugea le policier qui, toujours absorbé, soliloquait à mi-voix.

Non, décidément, Aubry n'avait pas l'air d'être l'homme d'une seule femme. En fait, rectifia-t-il mentalement, il ne donnait pas l'impression d'un homme désirant s'encombrer d'une femme, ni de plusieurs. Un rustre cultivé, incongrûment capable à la fois de la pire grossièreté et d'une finesse ahurissante.

Pourtant, il n'était pas physiquement déplaisant et Leroy avait souvent surpris le regard des femmes du bâtiment s'attarder sur la haute silhouette du commissaire. Avec son mètre quatre-vingt-sept, une courte chevelure chatain, des yeux noisette et un sourire à la Harrison Ford, Waals n'était pas démesurément beau mais satisfaisait aux majeures exigences de la gent féminine. Plusieurs de ses représentantes, d'ailleurs, avaient saisi l'opportunité de la présence de Leroy pour tenter une approche qui faisait immanquablement chou blanc, l'homme ne s'étant intéressé à elles que dans le cadre strict des convenances. Il avait même galamment repoussé les avances de Laura Paghliese, une brune sulfureuse qu'il n'aurait pas lui même laissé dormir dans la baignoire.

- Bah, avait expliqué le sarcastique commissaire dans un demi-sourire, les Italiennes, passé un certain âge...

Leroy avait ravalé son effarement avec un petit rire étranglé. Même « périmée », la Laura...why not !

Près de lui, le commissaire s'était graduellement redressé et griffonnait sur un papier qu'il avait pris sur le bureau. L'agent d'Interpol tressaillit quand son regard rencontra enfin celui du policier.

- comme je l'ai dit, continuait celui-ci, sortant du cadre de l'introspection, on doit avoir raté quelque chose.

Leroy marmotta une vague approbation qui eut l'air de satisfaire Waals qui poursuivait

- D'abord, on a cinq foetus – en réalité trois, après que la Grèce et la Belgique se soient débarrassées des leurs. Des clones de membres de l'Union Européenne, lesquels ne se connaissent ni des lèvres, ni des dents. Ensuite, on a des lettres gravées sur les embryons, dont on ne sait exactement ce qu'elles représentent. Peut-être qu'avec les cinq, ça aurait formé un mot ou je ne sais pas...

Le policier exhala un long soupir et secoua la tête.

- Il y a autre chose, Matt, il doit y avoir autre chose.

Leroy se mordit la lèvre inférieure et haussa les épaules. Il n'était pas un enquêteur, juste un intermédiaire. Son job, à lui, c'était de faciliter les relations entre les différentes forces de polices internationales, pas de jouer à Sherlock Holmes.

Devant eux, le commissaire étalait chacune des photos, chacun des rapports qu'ils avaient pu obtenir et les comparait les uns aux autres en silence.

- on a interrogé chacun des courriers, ils ne savent rien. Tous choisis au hasard, apparemment, commentait-il en dévoilant un peu plus les différents documents en leur possession. Il doit y avoir quelque chose, ça doit être là ! Mais où, nom de Dieu, où ?

- Aubry, avança doucement Leroy après un bref coup d'oeil à sa montre, il se fait tard et ton train...

Le policier écarta la remarque d'un revers de la main, les yeux toujours fixés sur les dossiers.

- Oui, oui, je sais, je sais. Merde, soupira-t-il enfin, je ne vois rien. Rien du tout.

- Aubry...

Le commissaire secoua la tête avec force, se forçant à revenir au moment présent. Il adressa un pauvre sourire à l'agent d'Interpol avant d'admettre péniblement qu'il était effectivement temps de se mettre en route.

- Je vais te raccompagner à la gare, ça ira plus vite.

- Non, le coupa Aubry d'un geste, je vais marcher un peu puis prendre un bus ou un truc du style. Il faut que je réfléchisse.

- Tu es sûr ?

- Ouais, j'suis sûr. The truth is out there...

Leroy le considéra, décontenancé.

- hein ?

Le policier éclata d'un rire franc.

- Rien, laisse tomber.



Lorsque le policier descendit du bus 4 à la Préfecture, il avait déjà pris sa décision.

A 19h21, il descendit du tram à la gare de Part-Dieu et un peu plus de vingt minutes plus tard s'était fait rembourser le retour jusqu'à Crémincourt, moyennant une moins-value de 30%.

A 20h00, il descendit du taxi au coin d'une petite rue à laquelle les lampions d'un restaurant asiatique donnaient un air de fête. « La Pagode Céleste » lut distraitement le commissaire en bifurquant vers l'entrée d'un vieil immeuble.

Il inspira deux ou trois fois très profondément avant de pousser sur la sonnette de l'appartement du troisième. Il fallut très exactement trente-huit secondes avant qu'un grésillement lui réponde.

- Oui ?

- Liv', c'est moi. C'est Aubry...je peux monter ?


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07/05/2005

News - News - News - News - News - News

Prenant en compte les commentaires de Lo et Jazzfan, je vais tâcher d'augmenter la fréquence des épisodes et passer à deux textes par semaine, voire trois (mais commençons déjà par deux )
 
Ainsi, je tâcherai de mettre en ligne tous les mardi et vendredi.
 
A mardi, donc, pour la suite...

19:24 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

05/05/2005

Chapitre 7

Je suis rentré au bureau vers 15h30 pour reprendre mes affaires, Zapatejo m’ayant laissé le reste de la journée pour me remettre de mes émotions.

Je ne sais pas pourquoi j’ai repris les copies, je ne sais même pas pourquoi j’avais fait ces copies. Une de l’enveloppe, un recto-verso du bristol et une de la photo, le tout en double tirage échelle normale et agrandissement à 150%; huit photocopies au total dont deux en couleur, faites dans un état de semi-inconscience, très certainement.

J’ai tourné et retourné ces quelques copies, quoiqu’en prenant bien garde de ne pas trop manipuler les photos, tout au long du trajet entre Ciudad Lineal et Chueca.

C’est comique mais pendant toute ma vie j’ai espéré qu’il arrive quelque chose, n’importe quoi, qui me mette en valeur d’une manière ou d’une autre: être témoin d’un accident mortel dont j’arriverais à sauver l’un des protagonistes, identifier un dangereux criminel rien qu’à son portrait sur un quelconque site Internet, gagner au bonoloto, être interviewé…bref, être un héros ou que sais-je mais profiter de ce fameux quart d’heure de gloire promis par Andy Warhol, fut-il bêtement personnel. Or, voilà que je me le prenais en pleine face et tout ce que je désirais, c’était qu’il ne soit jamais venu.


En émergeant sur la Plaza de Chueca, j’ai eu l’impression que les gens ne voyaient plus que moi, qu’ils déchiffraient sur mon visage les images que j’avais vues plus tôt dans la journée, et ils me stressaient encore plus que l’imbécile de flic qu’on m’avait envoyé. Ah, il m’avait vachement crispé, celui-là. Le mépris et la peur, ok, j'y suis habitué mais cet air profondément anti-gay, ça faisait un bail que je ne l’avais plus vu dans l’attitude de quelqu’un, fut-il raide hétéro. Avant, oui…mais plus depuis pas mal d’années. Au contraire, la gay-attitude, c’est même plutôt vendeur : on fait partie des «attractions touristiques» reprises dans le Trotamundo, on est réputés cool et in et fashion, c’est devenu tendance de compter un couple ou deux de gays dans ses relations…et puis tout le monde sait qu’une fête sans nous, c’est un peu comme la télé sans réalité, c’est moins accrocheur. Bon, ok, j'exagère...mais à peine. Quand on voit tout le tapage qu'on peut faire autour de «nous», c'est dingue ! Demandez à quelqu'un de décrire une femme, un homme et un pédé; vous verrez comme on s'épanche plus sur l'homo.

Un de mes amis m'a dit un jour, d'un air totalement désabusé, que le nouveau millénaire serait celui des gays. Je pense qu'il a raison: on en a fini avec l'adulation féminine et le culte de la virilité-uppercut. Remisées Vivien Leigh, Brigitte Bardot, Romy Schneider et autres Audrey Hepburn; dépassés Humphrey Bogart, Jean Gabin, Clark Gable, Robert Mitchum et consorts; la tendance est aujourd'hui aux «Queer as Folk», «L-word», «In&Out» et couvertures alléchantes du Zero, «notre» journal madrilène avec le père Montero déclarant 'Doy gracias a Dios por ser Gay'...et il n'existe plus aucune série digne de ce nom qui n'ait son homo attitré. Ah, zut, voilà que je recommence ! Je peux devenir une vraie plaie à ce sujet, c'est presque monomaniaque.


En parlant de monomanie, du moment où j'ai ouvert la porte d'entrée de l'appartement et celui où j'ai enfin entendu le pas de Tomas dans les escaliers, je n'ai rien fait d'autre que de me repasser en boucle les souvenirs de la journée. Un peu plus de 3 heures immobile, couché en travers du divan, les yeux suivant la fine craquelure qui courait du milieu de plafond au coin droit de la pièce et le cerveau en ébullition constante.

Je me suis relevé d'un bond quand j'ai entendu le bruit de la clé dans la serrure et la voix de Tomas qui filtrait du hall.

-Jorge ?

-Je suis là, me suis-je empressé de répondre.

Je ne sais pas pourquoi mais je me sentais honteux, sali. Comme coupable. C'était extrêmement désagréable, terriblement malsain également.

- Ca a été, ta journée ? a commencé Tomas en jetant son sac contre les pieds de la table. J'ai essayé de t'appeler au moins une bonne dizaine de fois, sans succès. Des réunions ?

- Pas vraiment.

Le malaise montait crescendo et j'ai essayé de me recomposer un visage sinon joyeux, du moins relativement normal parce que Tom allait m'embrasser.

- Jorge ? Ca va ? Tu tires une de ces têtes ! Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Pas eu une journée modèle, si tu veux savoir.

- Ton boss ?

- J'aurais préféré, ai-je ricané.

Il avait l'air tellement déstabilisé que j'ai craqué : je lui ai tendu les huit feuilles que j'avais prestement cachées sous un magazine quand il était arrivé.

- Tiens, regardes mais je te préviens, c'est pas de l'art.

Tomas a rapidement feuilleté les premières copies avant de s'arrêter sur la première photo, tout aussi estomaqué certainement que moi neuf heures plus tôt.

- Caray ! Mais qu'est-ce que c'est que ça ?

- C'était dans le courrier.

Il s'est passé une bonne minute pendant laquelle aucun de nous deux n'a parlé. Tomas avait l'air complètement fasciné et je sentais qu'il luttait vainement contre l'attraction morbide qu'exerçait la main, ou plutôt l'absence de main, du pauvre gars de la photo.

- Dans le courrier ? A-t-il enfin réussi à articuler.

En même temps, il me tendait les feuilles qu'il avait arrachées de sa vue. Je les ai prises en silence, lui laissant le temps de rassembler ses idées et de reprendre son souffle. Tomas faisait partie de ces personnes qui ne supportent aucune vision de violence, fut-elle fictionnelle, alors bien sûr, ces photos...

- Hmm-mm, dans le courrier. Tu penses bien, dès que j'ai vu ça, j'ai appelé les flics.

Il a hoché la tête, reprenant ses esprits.

- Tu m'étonnes. Qu'est-ce qu'ils ont dit ?

- La première fois ou la deuxième ? Ai-je ironisé avant de me lancer dans le récit d'une journée pour le moins mouvementée.

Tomas ne m'a pas interrompu une seule fois, écoutant mon histoire religieusement et se contentant de quelques Pijo! Et Caray! jetés ça et là aux endroits les plus marquants.

- Le moins qu'on puisse dire, a-t-il commenté quand je me suis tu, c'est que ça va sûrement être un sacré noeud de serpents pour le gars qui sera chargé de l'enquête. T'imagines, pas un seul indice concret...

Pour la première fois de la journée, j'ai esquissé l'ébauche d'un sourire, discrètement dissimulé aux yeux de mon compagnon. Je ne voulais pas risquer de blesser sa susceptibilité alors qu'il marquait tant d'attention à mon aventure mais son approche d'enquêteur amateur m'amusait.

Tomas était une personne à multiples facettes : architecte le jour, peintre de talent dès qu'il lui en prenait l'envie – il avait longtemps hésité entre la vie de bohème et la reconnaissance professionnelle après avoir participé à quelques expositions fructueuses – et touche-à-tout dès qu'il s'agissait d'art, il était également grand consommateur de romans policiers et fan incollable des nouvelles séries et jeux PC starisant la police scientifique alors même qu'il prétextait les excuses les plus bidons pour éviter de regarder les scènes sanglantes.

De fait s'imaginait-il peut-être pouvoir résoudre à lui seul l'énigme que représentait cet envoi, je ne sais pas, mais sa réflexion m'a amusé.

- Bah, de toute façon, ce ne sont pas nos affaires, l'ai-je gentiment modéré. Les flics savent sûrement ce qu'ils ont à faire. De mon côté, je vais jeter ces horreurs, elles n'ont rien à faire ici. Je ne sais même pas pourquoi je les ai prises.

Tom n'a rien dit, il s'est limité à hocher la tête et c'est là que j'ai réalisé qu'il aurait probablement été préférable de ne rien lui dire, et de ne rien lui montrer!

J'ai pris les feuilles et je suis parti dans la cuisine où je les ai enfouies dans la poubelle sous l'amas des restes de la veille.

- Tom ? L'ai-je interpellé du ton le plus badin dont j'étais actuellement capable. Je vais faire à manger. Tu as une préférence ?

Je n'ai pas compris ce qu'il m'a répondu car il venait d'allumer la chaîne hi-fi et les haut-parleurs commençaient à laisser s'échapper le punk californien des Red Hot Chili Peppers. Je n'ai pas insisté.


La soirée s'est passée sans grand événement. On a mangé du poisson en papillotes et regardé le film sur lequel nous étions tombés d'accord : «Undercover Blues». Pour effacer les mauvaises ondes, rien de mieux qu'une bête comédie américaine. En l'occurence, Dennis Quaid et Kathleen Turner en agents de la CIA profitant d'un congé de maternité et sur lesquels s'acharnent, dans l'ordre, une petite frappe auto-surnommée Muerte mais que tout le monde appelle Morty, deux flics soupçonneux et une effrayante Cruella tchèque prête à faire péter la planète. Divertissant à la fois pour les zygomatiques et les neurones.

Je suis allé me coucher assez tôt, dès que le film a été fini, à vrai dire, et je me suis presque aussitôt endormi, pressé certainement de ranger le 10 mars 2005 dans les limbes de mon inconscient. Tomas n'a pas tardé à me rejoindre car j'ai senti le matelas plier sous son poids avant de sombrer définitivement dans le sommeil.


Il était 3h43 très précises quand je me suis réveillé. Je m'en souviens parce que nous avons un réveil à éclairage mural et je vérifie toujours l'heure quand il m'arrive de me relever la nuit. Une façon de comptabiliser le nombre d'heures ou de minutes qu'il me reste avant de devoir entamer une nouvelle journée.

Tomas n'étais pas à côté de moi. La chose en soi n'est pas excessivement rare, mon compagnon profitant de ces moments-là pour laisser s'exprimer sa fièvre créatrice et peindre jusqu'à s'écrouler de fatigue.

Habituellement, je respecte sa solitude et me rendors presque immédiatement mais les dernières heures ayant été particulièrement éprouvantes pour les nerfs, une intuition m'a poussé à aller espionner les activités de Tomas.

De prime abord soulagé quand j'ai vu qu'il peignait, j'ai senti mon sang refluer en examinant plus attentivement le sujet de sa toile. C'était la première fois que je voyais une telle débauche de force et de violence dans les oeuvres de mon ami et ça m'angoissait.

Il a sursauté quand je l'ai appelé.

- Ah, carino ! Je ne voulais pas te réveiller.

- Je me suis réveillé tout seul. C'est, euh, intéressant ce que tu fais, ai-je ajouté en désignant le tableau. C'est quoi, exactement ?

Tomas m'a dévisagé un long moment, hésitant visiblement à me livrer le fond de sa pensée, puis il a dû trouver la tangente car il m'a tourné le dos avant de décrire son cheminement artistique. J'aurais le son mais pas l'image.

- J'ai repensé à cette photo que tu as reçue ce matin, à son message incompréhensible aussi, et je me suis laissé aller à une sorte de peinture automatique. J'ai laissé courir mon pinceau sans essayer de le contrôler. En fait, j'ai peint sans même être conscient de peindre.

- Tom...je crois qu'il faut que nous oublions cette histoire. La police va s'occuper de ça.

- Tu penses vraiment ? A-t-il demandé dans une voix tellement douce que sa question s'emplissait de sous-entendus. Je ne sais pas, Jorge, mais si ce message t'est arrivé, à toi, c'est qu'il doit bien y avoir une raison...

J'aurais pu tout endurer mais pas cette question-là. Je l'avais tournée et retournée en tout sens la veille sans arriver à une conclusion satisfaisante, ai-je expliqué à Tomas. D'abord, ça n'était pas à moi qu'elle était adressée mais à Zapatejo, bien que sans le nommer : le titre suffisait. Ceci dit, pourquoi envoyer une telle horreur au directeur commercial d'un journal ?

- Un journal ? A souligné Tomas. Tu veux dire, n'importe quel journal ?

- Non, évidemment que non, me suis-je énervé. Le «Païs» n'est pas n'importe quel journal, c'est le plus grand journal madrilène.

- Seulement madrilène ?

La vérité a commencé à se faire jour à ce moment-là, aidé par mon ami. Assurément non, pas seulement le plus grand journal madrilène : le plus grand journal espagnol également !

- Tom, tu veux dire que...

- ...ce gars veut entendre parler de lui, oui. Ca me paraît évident : une photo scabreuse avec le journal permettant de la dater, un mystérieux bristol et quelques gouttes de sang. De quoi faire une belle première, non ?

J'ai acquiesçé en silence, les yeux maintenant perdus dans le vortex cérébral qu'avait matérialisé le talent de Tomas.

- Tu commences à apprécier la toile ? Elle n'est pas finie, pourtant.

- Tu vas me prendre pour un imbécile, mais elle, euh, elle m'aide à réfléchir

Tomas a baissé les yeux sur un sourire triomphal. Ensuite, il est allé cherché les feuilles qu'il avait sauvées de la décharge.

- Et si on essayait d'y comprendre quelque chose ?





22:02 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Requête...

Au vu des résultats de vote, j'ai remarqué que quelques personnes votaient "médiocre" ou "très mauvais".  Loin de moi l'idée de leur en vouloir, que du contraire, c'est même très honnête de signaler leur mécontentement ou déception.
C'est pourquoi j'aimerais aller plus loin.
 
Pourriez-vous me faire une critique plus complète et m'expliquer exactement ce qui vous a déplu ? Cela pourrait m'aider à cerner certaines faiblesses que je ne suis pas à même de voir et donc, à terme, m'aider à m'améliorer.
 
Un tout grand merci pour l'attention que vous avez montrée à l'égard de ce blog ;o)
 
PS : et un énorme merci pour tous ceux qui, jusqu'ici, m'ont suivie dans l'aventure et m'ont montré de l'intérêt ;o)

17:57 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

02/05/2005

News - News - News - News

Pour continuer à répondre aux questions de Lo, voilà les infos sur le dernier disparu, Guy Van Abdij en lien dans le bloc-notes
 
Bonne lecture...et bonnes hypothèses

23:31 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |