10/05/2005

Chapitre 7, 2ème partie

 retour à Lyon...


- Eh beh ! siffla le commissaire dès qu'il eut fini la lecture du dossier transmis par Interpol. Ce type est un vrai de vrai businessman !

A ses côtés, Matthew Leroy se contenta d'opiner en silence.

- Non mais t'as vu ça ? Docteur ès Finances, Directeur de la division banque d'investissement, Conseiller en Politique Economique auprès du Chancelier allemand...nom de Dieu, ce gars ne fraye pas avec le petit peuple !

Aubry reprit le dossier et continua d'épeler les différents titres et fonctions occupés par le rapporteur depuis ses débuts professionnels quelques 13 ans auparavant. La liste n'était pas longue mais impressionnante, aussi y eut-il comme un flottement lorsque le policier eut fini. Il lâcha les papiers, se leva et gagna l'énorme baie vitrée qui courait tout le long du bureau de Leroy.

La journée s'était déroulée dans un camaïeu de gris, les rayons du soleil s'enlisant dans la couche nuageuse, et la morosité environnante avait contaminé chacun.

C'était son dernier jour à Lyon, il devait reprendre le train de 20h à Part-Dieu et regagner Crémincourt où l'appelaient non seulement les affaires courantes mais également le Juge Cullier. D'après ce qu'il avait pu comprendre de leur dernier échange téléphonique, la préfecture avait exprimer le désir de classer l'affaire.

- Je sais que ça ne te ravit pas, Aubry, avait rapidement ajouté Guillaume Cullier, pressentant la réaction de son remuant effectif, mais aucun crime n'a été commis, du moins au sens strict de la loi.

- Putain, avait rugit le commissaire, hors de lui, on a quand même reçu des embryons humains!

A l'autre bout du fil, Cullier avait soupiré.

- Calme-toi, mon vieux, ça ne sert à rien. D'un point de vue strictement médical, ces embryons étaient Claudio Buzzeto, Eric Kaulbl et Guy Van Abdij, tous trois soit morts depuis longtemps, soit vivant et en excellente santé. Officiellement, ils n'avaient pas 4 semaines mais bien 37, 47 et 59 ans. Rien ne les relie, ni entre eux, ni à notre affaire, exception faite, bien évidemment, de leur patrimoine génétique. Ils n'ont même, à aucun moment, été inquiété par notre homme.

- Mais justement, bordel de Dieu ! Guillaume, ouvre les yeux ! Avant le premier crime, la notion même de crime n'existait pas ! Nous sommes face à ce qui va faire office de précédent, mon vieux ! Une nouvelle forme de criminalité, issue directement des techniques du troisième millénaire !

Bien qu'il s'y soit attendu, Aubry avait été profondément blessé par le léger rire qui lui parvint, déformé par la distance.

- Tu nous la joues Fox Mulder, là, ou quoi ? ricana Cullier. A moins que ça ne soit la guerre des clones ? S'il te plaît, mon vieux !

Le juge s'était accordé quelques secondes, durant lesquelles le policier avait à nouveau surpris quelques gloussements étouffés. Enfin, Cullier récupéra son sérieux.

- Ecoute-moi bien, Aubry, parce qu'on ne reviendra pas dessus : si on n'a rien de nouveau, rien de tangible qui permette de continuer l'enquête d'ici lundi prochain, tu laisses tomber l'affaire, est-ce clair ?

Le commissaire avait alors maugréé deux ou trois syllabes inintelligibles que son interlocuteur interpréta comme assentiment et les deux hommes avaient raccroché sans autre forme de procès.


Le policier consulta sa montre : il était à peine 17h et le ciel louvoyait dans le noir, prêt à décharger toute l'électricité accumulée lors des dernières heures. Il se sentait en harmonie avec le temps et espérait que l'orage imminent exorciserait sa propre rage.

- On n'a plus beaucoup de temps, Matt, annonça-t-il à l'agent d'Interpol avant de se tourner vers lui. Qu'est-ce que ça a donné du côté belge ?

Leroy secoua la tête en affectant la grimace des mauvais jours

- Rien du tout, mon vieux. Le juge est mort gentiment d'une embolie cérébrale. Foudroyant mais légal.

- Merde ! Et son dossier médical ?

Le coordinateur s'agita sur son siège

- On n'a pas le droit d'y toucher. L'identité a été prouvée, le corps n'a subi aucune dégradation et il n'a été victime d'aucune erreur médicale justifiant une levée du secret médical. Dans le meilleur des cas, la famille pourrait exiger le dossier auprès des différents médecins mais d'après les renseignements que j'ai pu obtenir, Mme Van Abdij est actuellement résidente du département oncologique de l'Hôpital Erasme, si tu vois ce que je veux dire.

Le policier soupira et se laissa tomber dans le siège voisin.

- Pieds et poings liés. Merde ! Rugit-il en faisant trembler le bureau sous son poing, on va être obligés de lâcher l'affaire, Matt. Un dingue court dans la nature, envoyant des foetus clonés et tout le monde s'en fout.

- Aubry, je ne peux rien faire, tu le sais bien.

- Mouais, je sais, je sais, grommela-t-il. Et Cullier qui ne veut rien entendre.

D'un mouvement fébrile, il reprit le dossier de Kaulbl.

- Tu crois qu'on pourra au moins avoir le dossier médical du jumeau de Kaulbl, Benedikt ?

Leroy répondit d'un simple haussement d'épaules.

- Pas en deux jours, en tout cas. Je vais envoyer une notice pour la police allemande mais je ne te promets rien.

Le policier laissa échapper un soupir de découragement. Rejeté en arrière sur son siège, il se frotta longuement les yeux avant de s'étirer et de sombrer dans une profonde méditation, les traits tirés par l'amertume et la fatigue . A ses côtés, Matthew Leroy l'observait avec inquiétude.

Près de quinze ans séparaient les deux hommes et l'agent d'Interpol avait d'abord vu d'un mauvais oeil la collaboration imposée avec un policier si jeune. Il avait superstitieusement craint la supériorité et l'inconscience que conférait la jeunesse, lui même ayant dû vaincre les siennes à de nombreuses reprises au cours de sa carrière, mais Aubry Waals l'avait déconcerté en une toute autre manière. L'homme était jeune, à peine plus de la trentaine, mais on sentait en lui celui qui connaissait le risque de l'impulsivité. Bien que d'abord rebuté par les chapelets de jurons qui pouvaient échapper au policier, Leroy avait vite compris que ceux-ci lui permettaient non seulement de poser sa présence mais également d'accorder un temps supplémentaire à la réflexion.

Le jeune commissaire était un être difficilement cernable, un personnage à deux vitesses, inconsciemment changeant et d'un naturel désarmant. Pas le style qu'une femme aimerait materner, songea-t-il en surprenant le pas de l'assistante de Lane dans le couloir. Trop difficile, trop fier, trop entier. Trop volage aussi, peut-être.

D'un long regard, le coordinateur jaugea le policier qui, toujours absorbé, soliloquait à mi-voix.

Non, décidément, Aubry n'avait pas l'air d'être l'homme d'une seule femme. En fait, rectifia-t-il mentalement, il ne donnait pas l'impression d'un homme désirant s'encombrer d'une femme, ni de plusieurs. Un rustre cultivé, incongrûment capable à la fois de la pire grossièreté et d'une finesse ahurissante.

Pourtant, il n'était pas physiquement déplaisant et Leroy avait souvent surpris le regard des femmes du bâtiment s'attarder sur la haute silhouette du commissaire. Avec son mètre quatre-vingt-sept, une courte chevelure chatain, des yeux noisette et un sourire à la Harrison Ford, Waals n'était pas démesurément beau mais satisfaisait aux majeures exigences de la gent féminine. Plusieurs de ses représentantes, d'ailleurs, avaient saisi l'opportunité de la présence de Leroy pour tenter une approche qui faisait immanquablement chou blanc, l'homme ne s'étant intéressé à elles que dans le cadre strict des convenances. Il avait même galamment repoussé les avances de Laura Paghliese, une brune sulfureuse qu'il n'aurait pas lui même laissé dormir dans la baignoire.

- Bah, avait expliqué le sarcastique commissaire dans un demi-sourire, les Italiennes, passé un certain âge...

Leroy avait ravalé son effarement avec un petit rire étranglé. Même « périmée », la Laura...why not !

Près de lui, le commissaire s'était graduellement redressé et griffonnait sur un papier qu'il avait pris sur le bureau. L'agent d'Interpol tressaillit quand son regard rencontra enfin celui du policier.

- comme je l'ai dit, continuait celui-ci, sortant du cadre de l'introspection, on doit avoir raté quelque chose.

Leroy marmotta une vague approbation qui eut l'air de satisfaire Waals qui poursuivait

- D'abord, on a cinq foetus – en réalité trois, après que la Grèce et la Belgique se soient débarrassées des leurs. Des clones de membres de l'Union Européenne, lesquels ne se connaissent ni des lèvres, ni des dents. Ensuite, on a des lettres gravées sur les embryons, dont on ne sait exactement ce qu'elles représentent. Peut-être qu'avec les cinq, ça aurait formé un mot ou je ne sais pas...

Le policier exhala un long soupir et secoua la tête.

- Il y a autre chose, Matt, il doit y avoir autre chose.

Leroy se mordit la lèvre inférieure et haussa les épaules. Il n'était pas un enquêteur, juste un intermédiaire. Son job, à lui, c'était de faciliter les relations entre les différentes forces de polices internationales, pas de jouer à Sherlock Holmes.

Devant eux, le commissaire étalait chacune des photos, chacun des rapports qu'ils avaient pu obtenir et les comparait les uns aux autres en silence.

- on a interrogé chacun des courriers, ils ne savent rien. Tous choisis au hasard, apparemment, commentait-il en dévoilant un peu plus les différents documents en leur possession. Il doit y avoir quelque chose, ça doit être là ! Mais où, nom de Dieu, où ?

- Aubry, avança doucement Leroy après un bref coup d'oeil à sa montre, il se fait tard et ton train...

Le policier écarta la remarque d'un revers de la main, les yeux toujours fixés sur les dossiers.

- Oui, oui, je sais, je sais. Merde, soupira-t-il enfin, je ne vois rien. Rien du tout.

- Aubry...

Le commissaire secoua la tête avec force, se forçant à revenir au moment présent. Il adressa un pauvre sourire à l'agent d'Interpol avant d'admettre péniblement qu'il était effectivement temps de se mettre en route.

- Je vais te raccompagner à la gare, ça ira plus vite.

- Non, le coupa Aubry d'un geste, je vais marcher un peu puis prendre un bus ou un truc du style. Il faut que je réfléchisse.

- Tu es sûr ?

- Ouais, j'suis sûr. The truth is out there...

Leroy le considéra, décontenancé.

- hein ?

Le policier éclata d'un rire franc.

- Rien, laisse tomber.



Lorsque le policier descendit du bus 4 à la Préfecture, il avait déjà pris sa décision.

A 19h21, il descendit du tram à la gare de Part-Dieu et un peu plus de vingt minutes plus tard s'était fait rembourser le retour jusqu'à Crémincourt, moyennant une moins-value de 30%.

A 20h00, il descendit du taxi au coin d'une petite rue à laquelle les lampions d'un restaurant asiatique donnaient un air de fête. « La Pagode Céleste » lut distraitement le commissaire en bifurquant vers l'entrée d'un vieil immeuble.

Il inspira deux ou trois fois très profondément avant de pousser sur la sonnette de l'appartement du troisième. Il fallut très exactement trente-huit secondes avant qu'un grésillement lui réponde.

- Oui ?

- Liv', c'est moi. C'est Aubry...je peux monter ?


13:48 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

J'ose Bien sur qu'il peut monter.Ce que j'attendais,enfin Aubry se pointe chez Liv'.Un peu de
piment,comme qui dirait un peu de "chaleur".Après les "foeti" les clones et des "gus"
aux noms impossibles le peuple aspire à du plus léger. J'attends la suite avec une immense impatience.Bonne nuit Zabel.

Écrit par : duke | 10/05/2005

Rien à voir, mais bon Même si ça n'a rien à voir, IRL chez Sergio voir F. Catherine ce samedi?
F.

Écrit par : F. | 11/05/2005

Hello! C'est moi.Bonsoir.Bon week end?Je prépare mon auto-interview.Je posterai demain
...ou après.Ce n'est pas une mise à nu,juste un bout de voile qui se lève.Il en met du
temps pour monter chez Liv.A bientôt.

Écrit par : duke | 16/05/2005

Pas la moindre idée Mais alors, là, vraiment pas la moindre idée...

Écrit par : Zorro | 18/05/2005

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