09/04/2005

Chapitre 6

ai pas résisté à l'envie de continuer....tant pis, z'aviez qu'à être là ;o)
 

- Pouvez-vous nous dire ce qu'il s'est passé ensuite ?

Moreino réprima une exclamation d'énervement.

- Ecoutez, cela fait au moins cinq fois que je vous le répète, soupira-t-il. Je suis allé, comme tous les jours, chercher le courrier dans le casier de la Direction Commerciale.

- Avez-vous remarqué quelque chose d'inhabituel ?

Cette fois, le jeune homme dévisagea l'Agente Trabajo qui, le nez pointé sur la table, cochait consciencieusement chacune des questions du formulaire de déposition de l'UDEV (Unidades de Delincuencia Especializada Y Violenta) avant de lever les yeux au ciel en secouant la tête, consterné par la stupidité du policier.

"C'est clair, celui-là est pour la paix des méninges" songea-t-il méchamment.

Mais Trabajo répétait la question, impatient d'obtenir une réponse claire et précise du témoin...et de remettre un rapport complet et détaillé au "Jefe" responsable de son stage. A 20 ans, l'Agente de Policia Mateo Trabajo entamait sa première année dans les forces de police et espérait voir l'aube de sa carrière couronnée par une promotion. Cette affaire-ci pourrait l'y aider, il le sentait, aussi s'assurait-il de ne laisser passer aucune question susceptible de l'aiguiller sur la piste du malfaiteur. Et peu lui importait d'outrepasser ses fonctions, généralement réduites à la prise de dépositions de délits anodins, de ceux qui jalonnent quotidiennement la vie d'une métropole, et d'empiéter sur le territoire d'une autre entité de la Police.

- Comment voulez-vous qu'il y ait eu quoi que ce soit d'exceptionnel ? railla Jorge d'une voix à peine contenue. Ce n'était qu'une lettre !

Le jeune agent rougit sous son hâle avant de lever des yeux flamboyants sur l'employé du "Pais".

- Je sais bien que c'était une lettre, Monsieur, mais cela ne vous dispense pas de répondre à la question !

Moreino sentit l'énervement prendre le dessus mais parvint à se contenir et se garda bien de répondre. Mais pourquoi Ciudad Lineal lui avaient-ils envoyé cet incapable ? Il avait pourtant été clair, tout à l'heure, au téléphone...

Et voilà qu'à présent, il devait composer avec un abruti zélé - la pire espèce - qui lui faisait perdre son temps et ne le rassurait pas sur les compétences de la Seguridad Ciudadana.

Inconscient des pensées de son témoin, Trabajo continuait, imperturbable.

- Quelle a été votre première réaction, Monsieur ?

- La même que la vôtre, ironisa le jeune homme : j'ai vomi.

L'agente rougit à nouveau mais ne pipa mot, c'était un souvenir qu'il convenait d'oublier le plus rapidement possible.

- J'ai régurgité le contenu de mon petit-déjeuner, récita-t-il à mesure qu'il écrivait la déposition du Madrilène.

Jorge sentit sa bouche s'étirer en un sourire sarcastique.

- Si vous voulez être parfaitement correct, c'était une collation : je ne déjeune jamais. De plus, le terme "régurgiter" n'est pas le plus adéquat.

- Quelle importance ? s'enquit Trabajo avec morgue. Le fait est là, vous avez vomi.

L'attitude à la fois arrogante et stupide du jeune policier nourrissait l'énervement de Moreino.

- Cela ne vous empêche pas de répondre correctement aux questions, que je sache. J'ai vomi, c'est tout.

L'agente se raidit un instant puis replongea sur son formulaire.

- Qu'avez-vous fait ensuite ?

- J'ai appelé le 091, aboya Jorge en se redressant, définitivement hors de lui.

Immédiatement, le bourdonnement habituel des couloirs du "Pais" s'interrompit et l'Assistant de Zapatejo sentit la présence tendue des occupants des bureaux voisins. Il les imaginait, le souffle suspendu et l'oreille dressée, à guetter les moindres paroles qui pourraient percer les minces murs de préfabriqué et les éclairer un peu plus sur le déroulement de l'interrogatoire.

Toutefois, Moreino en avait assez. Assez vu, assez entendu....et surtout assez dit.

- J'en ai marre, explosa-t-il. Ca fait cinq fois que je vous raconte la même histoire, cinq fois que vous hochez la tête d'un air entendu et que vous prenez des notes, toujours les mêmes ! Cette fois, ça suffit ! Madre de Dios ! je suis arrivé, je suis allé chercher le courrier, j'ai ouvert la lettre et j'ai vu la photo. C'est pourtant simple, non ? Vous êtes là pourquoi, tous comptes faits, hein ?

Quelques têtes commençaient à émerger dans le couloir et, au travers de la vitre de son bureau, Jorge voyait les regards interrogateurs et inquiets que s'échangeaient les secrétaires commerciales.

- Mierda, reprit-il, subitement plus calme, vous ne croyez pas que le plus pressant serait de faire analyser cette photo, identifier ce pauvre homme, essayer de trouver des empreintes, une piste, je ne sais pas moi...

Son regard croisa celui de Trabajo et ce qu'il y lut finit de le décourager.

Ce dernier, pâle de rage et d'humiliation, avait déjà saisi ses menottes.

- OK, Monsieur essaie de jouer au plus malin ? Je vous emmène au poste, moi, Monsieur. Outrage à agent dans l'exercice de ses fonctions !

Quelques minutes plus tard, les deux hommes se retrouvèrent au Comisaria de la Traversia Virgen de la Roca, à quelques rues des bureaux du "Pais".

Héberlué, Jorge, menottes toujours aux poings, assistait à un spectacle qui, loin de le réjouir, confirmait la vision qu'il avait eue des forces de la Seguridad.

- Cojones ! hurlait le Jefe de la Policia face à un Trabajo complètement livide. Mais comment peut-on être aussi idiot, tu peux me le dire, hein, cabron ?

La colère s'étant calmée d'elle-même, Moreino éprouvait une compassion sincère pour le malheureux agente qui essuyait les foudres de son supérieur. Le policier maintenant ne ressemblait plus qu'à ce qu'il était réellement : un pauvre gosse désorienté, déscolarisé trop tôt et immédiatement embrigadé dans les forces de l'ordre. Très certainement nourri aux blockbusters américains et rêvant d'un impossible acte héroïque...

- Mais Jefe, c'est cet homme qui...

- Plus un mot, rugit le Jefe. Tais-toi, tu m'entends ?

Le garçon baissa les yeux et battit en retraite. Au moment où il s'apprêtait à sortir, son supérieur le rappela durement à l'ordre.

- Et détache Monsieur !

Les joues en feu, le malheureux s'exécuta, non sans adresser un regard assassin au "témoin".

- Maricon, murmura-t-il entre ses dents avant de s'enfuir.

Estomaqué, Moreino fixa longuement la porte par laquelle venait de disparaître l'agente, n'osant croire à la réalité de l'insulte. Il se massait convulsivement les poignets, cherchant à effacer la moindre réminiscence des anneaux de métal.

Enfin, la maigre silhouette du Jefe vint obstruer son champ de vision. Une main se tendait vers lui, qu'il prit par automatisme

- Pablo Da Silva, se présenta le policier d'une voix mielleuse. Excusez-nous pour ce désagrément, Monsieur, le petit est jeune et impulsif...il doit encore apprendre le métier.

Peu enclin à pinailler, sa combativité ayant disparu avec les éclats de voix des dernières minutes, Jorge hocha la tête en silence.

- J'ai contacté la Jefature Superior de Madrid, Monsieur. Cette affaire ne relève pas de nos compétences. Un des agents de l'UDEV sera là d'un instant à l'autre pour vous accompagner. Désirez-vous quoi que ce soit à boire en attendant ?

Chaque phrase de Da Silva était ponctuée d'un même hochement de Jorge qui se remettait peu à peu de ses émotions.

- Avez-vous du café ?

Le Jefe sourit et Moreino put remarquer ce qu'il y avait de soulagement dans ce simple geste. Le policier venait de s'assurer que le témoin ne porterait pas plainte contre les pratiques un peu expéditives de sa jeune recrue.

- Evidemment, Monsieur. Lait ? Sucre ?

- Noir, sans sucre. J'ai besoin d'un remontant

Le sourire s'effaça aussi vite qu'il était venu mais Da Silva ne releva pas, il interpella l'agent affecté à l'accueil et lui demanda brièvement d'apporter les boissons.

Enfin, un inspecteur en civil fit son apparition.

- Jefe Da Silva ? Inspector Riad, de l'UDEV.

Le Jefe se redressa quelque peu, se constituant une attitude à la fois digne et paternelle.

- Inspector ! voici Mr Moreino, du "El Pais", notre témoin, énonça-t-il en désignant Jorge du plat de la main.

- Monsieur Moreino, excusez-moi d'arriver si tard, commença cordialement l'inspector en le saluant.

Jorge secoua la tête en esquissant un faible sourire. Un coup d'oeil à sa montre indiquait la première heure de l'après-midi.

Riad s'était détourné et entamait une discussion rapide avec Da Silva. Enfin, à l'exclamation atterrée de l'Inspector, le sourire s'affranchit.

- Comment ? Il a oublié les pièces à conviction ?!

Le Jefe bafouilla une réponse rapide, résumant succinctement la situation mais l'autre l'interrompit froidement.

- C'est bon, laissez tomber, Jefe. De toute façon, ceci n'est plus de votre ressort, on s'en charge.



16:27 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

quelques questions enfin, j'ai eu le temps de me poser pour lire un peu
questions:
- existe-t-il un lien entre les personnes clonées (membres d'une association, d'un parti politique, même lieu de vacance, mêmes études, etc.)
- les lieux d'envoi se trouvent-ils sur un chemin spécifique

En raisonnant à l'absurde, ne faudrait-il pas faire une recherche dans les mouvements extremistes de protection des animaux: l'envoi d'embryons humains serait un signal pour faire stopper les tests sur les animaux car on aurait enfin la possibilité de tester sur l'homme.

Je sais, c'est complètement stupide, mais cela fera peut-être avancer les choses.

Ou alors, les personnes clonées ont des activités occultes sur la recherche génétique et les envois d'embryons basés sur leur propre code ADN est un message aux autorités pour mettre à jour ces recherches.

Ou peut-être que j'ai trop vu de DVD récemment et qu'il faut que je me repose.

a+

Écrit par : Lo | 12/04/2005

OK... Je vais tâcher de répondre à toutes tes questions dans les prochains épisodes (à mon avis, vu le nombre de théories que tu avances, il en faudra au moins 3) ;o)

Écrit par : CSI | 12/04/2005

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