28/02/2005

Chapitre 3 : suite...

La réunion débuta effectivement à 10h30, après l'arrivée de Mr Franny N'Jamena, premier représentant africain au poste de Président d'Interpol, accompagné du directeur Interpol France, Gil T McEon.

Le commissaire et Cullier échangèrent un regard d'étonnement face à la présence du plus haut dignitaire de l'organisation internationale de Police : s'il était là, c'était que l'affaire devait être encore plus complexe qu'ils ne l'avaient estimée et les deux hommes se tournèrent vers leur contact.

Pour toute réponse, Matthew Leroy fit un petit signe apaisant de la main et leur indiqua du menton l'homme qui les avait accueillis. Ce dernier était actuellement penché vers la jeune femme qui l'accompagnait et, plongé dans une grande conversation dont l'objet semblait être la masse de feuillets qu'il tenait en main, ne s'apercevait pas de l'attention qu'il suscitait. Son assistante, par contre, ne pouvait s'empêcher de jeter, de temps à autres, quelques regards furtifs vers eux.

D'un coup d'oeil rapide, le Juge nota également la présence d'une femme, la quarantaine florissante et l'aspect strict, qu'on lui présenterait un peu plus tard comme étant le Dr Hannah Zeiner, consultant scientifique au sein de la Cellule ADN.

Au bout de quelques instants de flottement durant lesquels chacun se jaugea du regard, excepté le couple toujours occupé à rassembler les papiers, McEon prit la parole, s'adressant directement à l'assistance. Immédiatement, et faisant honneur à la discipline de l'organisation, un silence respectueux s'installa.

- Mesdames, commença-t-il en saluant courtoisement la tête vers la généticienne, Messieurs. Avant de céder la parole à Bob, je tiens à remercier chacun d'avoir fait le déplacement jusqu'en nos bureaux et particulièrement à rassurer nos visiteurs, peu habitués au fonctionnement de notre organisation. Etant données les circonstances et les découvertes que la coopération des différents services de Police européenne ont permis de faire, nous avons jugé qu'il était préférable que cette réunion ait lieu ici-même. Non pas que nous estimions qu'il y ait un risque quelconque, comprenez-le bien, mais parce qu'il était plus simple pour nous de l'organiser au Quartier Général.

Le directeur du territoire français s'exprimait dans un langage châtié malgré le soupçon d'accent anglais trahissant ses origines et, aux inflexions de sa voix, le policier reconnut un grand orateur.

McEon faisait partie de ces hommes dont la voix représente une arme aussi redoutable que les poings et qui arrivent toujours à obtenir l'écoute des autres.

A vrai dire, il était parfait pour le rôle qu'il s'était assigné aujourd'hui car il préparait avec brio le terrain au technicien qui lui succèderait dans quelques minutes. En quelques brèves phrases, il résuma les derniers événements et ponctua chaque point de coups d'oeil circulaires lui permettant de rencontrer les regards de chacun des participants. Enfin, il céda la place à l'homme aux papiers, qui se présenta comme étant le responsable de la Cellule ADN, ainsi qu'au Dr Zeiner. Dès les premières paroles, le ton changea, devenant subitement plus académique et rappelant au commissaire ses années sur les bancs de l'université.

- Messieurs, comme l'a si aimablement rappelé Gil, nous sommes en présence de ce que nous appelons, en sciences médico-légales, des preuves "croisées", à savoir des évidences se trouvant là où il est scientifiquement impossible qu'elles soient.

Otant ses lunettes, Lane saisit un boîtier dont il actionna l'un des interrupteurs, plongeant la pièce dans une obscurité complète d'où ressortait uniquement le grand écran lumineux face à l'entrée et vers lequel convergèrent tous les regards.

Le scientifique se leva et, se dirigeant vers l'écran, se servit à nouveau de la télécommande. Une empreinte apparut, grossie tant de fois qu'elle occupait maintenant une surface d'à peu près 1,5 m².

- Ceci est l'empreinte que vous avez relevée sur le colis DHL en provenance de Munich et que nous avons comparée à la base de données IAFIS (Integrated Automated Fingerprints Identification System) dans laquelle nous avons obtenu une concordance

Nouveau clic. L'écran se divisa en deux, une partie reprenant l'empreinte déjà observée et l'autre un formulaire de prise d'empreintes destiné au fichier central de la Police Belge.

- Claudio Alessandro Buzzeto, parlementaire européen, découvert mort dans des circonstances encore non-élucidées à Bruxelles, le 1er mai 2004.

Les empreintes disparurent, remplacées par l'une des photos prises sur la scène de crime par la Police Judiciaire belge. D'un mouvement rapide, Cullier risqua un coup d'oeil sur chacun des participants mais aucun n'avait bronché et il se préparait à revenir vers Lane lorsque son regard tomba sur son voisin : le commissaire ne suivait absolument pas ce qui se passait sur l'écran mais dévisageait avec insistance l'assistante du scientifique. La jeune femme, quant à elle, gardait la tête résolument dirigée vers son patron.

- Evidemment, continuait ce dernier, vous savez que chacun d'entre nous possède des empreintes qui lui sont propres et qu'il est absolument impossible, même chez les vrais jumeaux, que deux individus possèdent des empreintes similaires. Ainsi voici notre premier exemple de preuves croisées puisque l'empreinte découverte dans le colis appartient sans aucun doute possible à Mr Buzzeto.

La photo changea à nouveau pour laisser apparaître ce qui pouvait ressembler à une souris dépecée mais qui était en réalité un foetus d'origine humaine au 1er mois de son évolution.

- De nouveau une preuve croisée : le foetus.Plus inquiétante encore puisque l'ADN de l'enfant correspond avec certitude à celui de Mr Buzzeto.

- Je tiens à préciser, intervint le Dr Zeiner qui s'était tue jusqu'à présent, qu'il ne s'agit pas ici d'une concordance comme celle qu'on peut retrouver lors des tests de paternité, mais bien d'une similitude exacte !

Le policier tressaillit et se tourna vers le Juge qui intervint immédiatement.

- Vous voulez parler de...d'un clône...ou de quelque chose comme ça ?

Lane fixa le magistrat et un éclair passa sur les lunettes qu'il venait de rajuster.

- Un clône, oui. La reproduction exacte d'un être humain. Imaginez un peu les moyens mis en oeuvre pour nous adresser ce colis ?

Le commissaire laissa échapper un juron avant de s'excuser.

- Des moyens colossaux, Messieurs, reprit la généticienne, toisant chacun des hommes présents avant de se recentrer sur l'écran. Elle prit la télécommande des mains de Lane et continua la présentation, celle-ci entrant définitivement dans son domaine.

- Il existe deux formes de clônage, commença-t-elle en enclanchant la télécommande. Il y a le clônage cellulaire, qui sert notamment dans le traitement des grands brûlés.

Le schéma d'une cellule apparut à l'écran juste à côté de la photo d'un torse cruellement défiguré par le feu.

- Il s'agit en réalité d'une simple "culture" de cellules différenciées, permettant de reproduire la peau.

La cellule commença à se démultiplier à l'infini jusqu'à former une peau qui vint se fixer au torse, recréant ainsi l'aspect originel du blessé.

- Et le clônage embryonnaire, qui est celui qui nous intéresse.

Au soulagement de tous, le torse décomposé disparut, cédant à son tour la place au schéma déjà observé.

- Il peut se faire de deux manières, soit par splitting, ou scission géméllaire de l'oeuf fécondé, ce qui, vous vous en doutez, n'est certainement pas arrivé. Soit en introduisant le noyau remis à zéro d'une cellule différenciée dans un ovule énucléé, formant ainsi une cellule totipotente capable de se reproduire comme un embryon.

Une animation débuta sur l'écran, commentée par le Dr Zeiner.

- Plus clairement, on ôte le noyau d'une cellule adulte, par exemple une cellule de la peau ou du foie, de façon à ne garder que ce qui contient les chromosomes, et donc l'ADN, et on l'injecte dans un ovule préalablement vidé de son noyau. Ensuite, on réalise la fusion des deux cellules par un champ électrique. En cas de réussite, cela formera un embryon qui se développera, donnant à l'arrivée un bébé possédant exactement le même patrimoine génétique que le donneur de la cellule.

L'animation s'interrompit et Hannah se tourna vers la table.

- Cependant, il faut savoir qu'outre la difficulté d'isoler le noyau d'une cellule et de "vider" un ovocyte, ce qui nécessite tout de même un appareillage particulièrement pointu, l'application du champ électrique aux deux cellules se révèle souvent fatal, entraînant des lésions irréparables au futur embryon. Enfin, dernier point et non des moindres, le facteur humain. L'embryon ne peut être développé in vitro que jusqu'au stade blastocyte, après lequel il devra être implanté dans la mère porteuse, à savoir, dans les 6 jours. Et il faut également tenir compte des pertes, car toute fécondation in vitro ne réussit pas, bien au contraire.

Cette fois, ce fut McEon qui prit la parole.

- Dr Zeiner, à votre avis, quelle a été la plus grande difficulté rencontrée par le coupable ?

- Les cellules originelles, répondit sans hésiter la généticienne. Comprenez-moi bien, étant donnés les risques d'échec, de l'ordre de 60%, celui qui a fait ça a dû avoir un pool de cellules relativement important. Sans compter les ovules.

- Mais quelle bonne femme pourrait bien participer à ça ? maugréa le commissaire, complètement dépassé.

- Oh, vous en trouverez bien plus que vous ne le croyez, Commissaire, intervint Lane, un léger sourire désabusé aux lèvres. La pauvreté, l'appât du gain facile. Le marché existe. Vous savez combien on offre, à l'heure actuelle, pour un ovule ? 2.500 euros ! Imaginez ce que ça peut représenter pour certaines personnes...

Cullier porta la main à son front, abasourdi une fois de plus par ce que la nature humaine pouvait engendrer, tandis que le policier s'affaissait sur son siège.

- Nom de Dieu...

Il avait l'impression que c'était tout ce qu'il pouvait répéter depuis que ça lui était tombé dessus. Dans un bête réflexe, il tourna la tête vers Olivia, cherchant le secours d'un visage connu, mais la jeune femme détourna son regard, raidissant à nouveau la nuque vers l'écran.

Lane, lui, avait repris la télécommande. La photo de deux autres foetus apparut à l'écran.

- Voici ce que nous avons reçu après avoir envoyé une notice orange à tous les pays membres. Ces deux-ci ont été les premiers à réagir. Il s'agit des commissariats de Schrönbrück et Puriano, respectivement situés en Allemagne et Italie. Apparemment, le modus operandi a été le même : un colis, livré par un courrier express, dans un commissariat quelconque du pays. Malheureusement, contrairement à vous, les représentants de l'ordre ont considéré cela comme une mauvaise plaisanterie, envoyée par une bande d'étudiants certainement. Ils ont gardé les pièces à conviction et ont commencé une enquête, se focalisant surtout sur les empreintes et la société de livraison afin d'interpeller le plaisantin, les justice allemandes et italiennes n'appréciant guère ce type de pitrerie. A aucun moment, ils n'ont cru être en présence d'un foetus humain, du moins jusqu'à ce qu'ils reçoivent la communication informatique de nos services.

Sur l'écran apparurent deux nouvelles photos, ressemblant de manière étonnante à celles leur faisant pendant.

- Comme je vous l'ai déjà dit, les deux premières photos sont celles des foetus envoyés aux deux commissariats. Ci-dessous vous voyez des photos de rongeurs dépecés tels qu'on peut en voir lors de certains "rituels" estudiantins. Ce petit point pour vous expliquer la méprise de ces policiers.

La démonstration étant finie, une carte de l'Europe s'afficha, où s'implanta d'abord un point rouge au niveau de Châlons et Crémincourt, ensuite à Puriano et Schrönbrück. Deux autres points apparurent également, l'un en Belgique et l'autre en Grèce.

Le commissaire s'agita sur sa chaise mais resta silencieux. Cullier, lui, s'était inconsciemment avancé, les deux coudes appuyés sur la table et le cou tendu vers la carte.

- Qu'est-ce que...

- Deux autres livraisons, coupa Lane. Commissariats de Rivenières et Katzikos. De même que leurs confrères allemands et italiens, les policiers ont cru à une plaisanterie mais, étant plus coulants que leurs homologues, ils ont simplement envoyé la "carcasse" à l'incinérateur et jeté le colis. Nous n'avons reçu leurs informations qu'hier dans la journée et nous n'en savons pas plus à leur sujet. Par contre, les deux autre foetus ont pu être analysés, ainsi que les empreintes, et les résultats sont tout aussi édifiants que ceux de Crémincourt.

Sur la carte vint se greffer la photo de Buzzeto mort, telle que prise à Bruxelles plus de 6 mois auparavant. Ensuite apparut la photo d'un homme d'âge mûr en robe d'avocat qui souriait à l'objectif. Elle vint se ranger en Allemagne, auprès du point représentant Schrönbrück.

- Guy Van Abdij, commenta Lane, le nez dans ses feuillets. Représentant honoraire à la Cour Suprême de Justice Européenne, décédé il y a huit mois d'une embolie cérébrale. L'analyse ADN reste encore actuellement sans résultats puisque nous ne possédons, à l'inverse de Mr Buzzeto qui a été consigné dans le fichier judiciaire belge, aucun relevé à son sujet. Mais nous avons d'ores et déjà demandé un permis d'exhumer auprès du gouvernement belge afin de pratiquer un comparaison. Quant au foetus, il arborait le même type de scarification que celui de Crémincourt, quoique la lettre soit différente : d'après l'analyse au microscope, il s'agirait d'un "A" inversé.

Au fur et à mesure des paroles du responsable Interpol, le commissaire sentait une migraine poindre, rivalisant avec un complet déboussolement face à la proportion que prenaient les événements. C'était trop gros, trop grand, trop fort pour lui. Après tout, il n'était qu'un petit commissaire paumé de province.

Un changement de luminosité lui fit à nouveau tourner la tête vers Robert Lane qui poursuivait, face à une nouvelle photo qui prenait place en Italie.

- Erik Kaulbl, rapporteur du groupe Audit II à la Cour des Comptes Européenne. C'est le seul des trois qui soit encore en vie puisque Mr Kaulbl est actuellement en vacances avec sa famille. Nous cherchons à le joindre par tous les moyens possibles afin d'effectuer une comparaison ADN mais, d'après ses proches, Mr Kaulbl a la réputation de protéger sa tranquillité quand il le peut. De nouveau une scarification sur la nuque du foetus mais nous n'avons pas été à même de déterminer la lettre avec précision. Nous avons tout de même réduit les possibilités à deux : "R" et "K".

 

En regagnant la voiture qui les attendait dans le parking, les deux hommes n'échangèrent aucune parole, se regardant à peine, chacun évaluant à sa manière la portée d'une affaire telle que celle dans laquelle ils avaient été précipités sans le vouloir.

Au moment de monter, Cullier eut l'attention attirée par l'une des fenêtres du premier étage : l'assistante de Lane les regardait, les bras ramassés autour du corps. Suivant son regard, le policier resta un long moment à contempler la jeune femme.

- Aubry ? Faut qu'on y aille, mon vieux.

Intrigué, le magistrat nota l'effort que fournit son ami pour détacher ses yeux de l'image de la fille mais il s'abstint de tout commentaire.

- Qu'est-ce que t'en penses ? interrogea-t-il en faisant démarrer la voiture.

Le commissaire soupira

- C'est un beau merdier, si tu veux vraiment mon avis. Un vrai de vrai beau merdier. Mais il y a une chose que je ne comprends pas.

- Dis toujours.

L'autre se tourna vers lui et planta ses yeux dans celui du magistrat.

- Si ce gars a fait tant d'efforts pour prendre des empreintes et des cellules de gars de l'Union, en faire des clônes et graver des lettres sur les nuques des foetus, pourquoi les a-t-il envoyés à des commissariats paumés où il y avait 80% de chance qu'on traite l'affaire comme une simple plaisanterie de mauvais goût et qu'on balance tout au bac ? Putain, je veux dire, si on avait pas fait le rapprochement chez nous, qui l'aurait fait ?

Cullier acquiesça sans trouver quoi répondre. C'était une question de plus dans l'amas grandissant qui se créait.

En soupirant, il actionna la première et la Citroën s'engagea dans l'allée qui menait à la sortie du complexe. Ne sachant que dire, il décida de changer momentanément de discussion, embrayant sur un sujet plus léger.

- Elle était mignonne, hein ?

- Qui ça ? demanda le policier en se raidissant.

- L'assistante de Lane. Vachement sexy, non ?

Mais le commissaire détourna le regard et s'enfonça dans la contemplation du paysage

- Mouais, possible. Pas fait attention.



11:59 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

26/02/2005

Chapitre 3 : Nouveau personnage...

Ce chapitre, ou plutôt le début de ce chapitre, a pour but la présentation et l'entrée en scène d'un nouveau personnage. Evidemment, je mettrai dès demain ou lundi la partie faisant l'objet de la réunion Interpol....et la suite....
C'est volontairement aussi que j'ai employé la première personne du singulier, l'histoire se déroulant selon deux angles de vue.
 

Nous sommes arrivés au Quartier Général avec deux heures d'avance. Comme rien ne pressait pour la réunion, j'ai pris le temps de contempler le paysage : de la fenêtre arrière d'une mercédes, l'arrivée au Siège Central d'Interpol, c'est toujours magique. C'est dingue, mais après toutes ces années, ça me fait encore le même effet. Enfin, toutes ces années, j'y vais pas avec le dos de la cuiller, non plus. Ca fait quoi ? 4 ans, maintenant ? Merde, quand je pense à la façon dont ça a commencé...

A l'époque, j'avais quoi ? 23, 24 ans ? Fini l'unif' depuis un an et demi et comme le marché de l'emploi n'était pas des plus brillants, j'avais pris ce qu'on me donnait, à savoir un job d'assistante de direction commerciale dans une boîte de presse gratuite. Quand j'y pense, j'avais bien fait, parce que dans ma promo, il y en a eu un tas qui ont refusé ce genre de boulot et ont préféré le chômage. Pas assez bien pour eux, qu'ils disaient. Tu parles. Un an plus tard, ils y étaient encore, au chomedu, et avaient complètement grillé leur diplôme.

- Putain, t'as de la chance, toi, me sortait régulièrement une des mes amies, promotion 2000 à l'Ecole de Commerce Solvay, Grande distinction. Moi, j'ai postulé chez Proctor&Gamble pour un poste de Marketing Junior mais ils m'ont refusée : pas d'expérience ! Non mais tu te rends compte ?

Je me contentais de hocher la tête, compatissante à souhait. De toute façon, qu'est-ce que j'aurais pu dire ?

- Et puis tu sais ce qu'ils ont osé me dire ? Que, malgré mon diplôme, je n'avais aucune connaissance du marché, et que toute ma théorie ne suffisait pas face à quelqu'un qui aurait déjà travaillé. Ils ont même sous-entendu que, maintenant, il n'y aurait que le chômage qui voudrait encore de moi. En gros, ils m'ont jetée comme une malpropre, ces connards !

Nouveau sourire attristé et petite mimique compréhensive de ma part. Mais je m'abstenais bien de l'ouvrir : ce que j'aurais eu à dire n'aurait pas été entendu de bonne grâce.

- De toute façon, concluait-elle alors immanquablement, ils n'auraient jamais eu de quoi s'offrir quelqu'un de ma formation. C'est ça, en fait, mais ils préfèrent toujours se la jouer méprisants plutôt que d'avouer ça. C'est du bluff, en réalité, et ils espèrent que je baisserai mes prétentions salariales pour avoir l'honneur de bosser dans leur boîte de cons. Mais là, ils rêvent : j'ai pas besoin d'eux, moi, et tant que j'aurai pas ce que je veux, ils pourront toujours se brosser, ces cons. Par contre, toi tu t'es faite avoir !

Ca me faisait toujours vibrer de rage, cette partie-là, mais avec le temps, j'avais compris que toute mon argumentation ne servait à rien. Alors je laissais dire

- Mais oui, c'est vrai, enfin, Liv', ne dis pas le contraire. T'as accepté le premier boulot qui venait. Résultat : t'es la bonne à tout faire d'un connard qui n'a même pas la moitié de ton QI et tu gagnes la même chose qu'au chomedu !

Là, je faisais appel à tout mon self-control pour la fermer, parce que la vraie vérité, c'était moi qui l'avais : j'étais peut-être juste une assistante mais moi, de l'expérience, j'en avais et, surtout, j'avais toutes les cartes en main pour avoir les moyens de mon ambition.

Alors, quand je suis arrivée à notre rendez-vous hebdomadaire du jeudi soir, au Barabar, et que j'ai lâché la bombe, Caro est restée toute bête.

- J'ai un nouveau job ! J'ai remis mon préavis ce matin. Dans deux mois, je pars pour Lyon.

- Quoi ?!

- Assistant Director's Secretary in Criminal Analysis Sub-Directorate. Chez Interpol.

Malgré le bruit, j'aurais cru pouvoir entendre une mouche voler, tellement l'autre avait l'air éberlué.

Evidemment, quand elle a reprit ses esprits, ça a été pour trouver la faille.

- Mais qu'est-ce que tu vas faire là-bas ? Dans un boulot de Secrétaire, en plus ! Je suis persuadée que si tu avais voulu, tu aurais pu avoir un poste au Ministère de la Justice...

J'en ai eu marre, alors j'ai laissé échapper tout ce que je retenais depuis plus d'un an.

- L'ennui, tu vois, c'est que des criminologues, le Ministère en a plein ses placards et que moi j'ai envie d'évoluer. Alors, oui, c'est un boulot de Secrétaire, mais c'est un boulot qui va me payer 2500 euros brut plus la prime d'expat', laquelle est quand même de 750 euros net ! Alors, dis-moi, quelle place tu préfères : celle d'une diplômée d'une des meilleures écoles de commerce du monde au chomage depuis un an et demi à 800 euros net par mois, ou celle d'une secrétaire chez Interpol à 3250 euros ? Moi, je vais te dire ce que je préfère. C'est d'avoir accepté un job à la con pendant un an et demi, payé peanuts, histoire d'avoir assez d'expérience pour gravir les échelons ! Parce qu'en fait, c'est ça que tu me reproches : d'avoir enfin les moyens de mes ambitions. Alors que toi, avec tes grands mots et tes exigences, tout ce que t'as fait de les études, c'est les noyer dans le chômage !!

j'ai honte à le dire mais je jubilais à la voir se décomposer au fur et à mesure de mes paroles. C'était comme si elle sombrait dans une mer de glace. Et moi je rajoutais les icebergs les uns après les autres, sûre qu'elle n'en réchappe pas.

Quand j'en ai eu fini, on est restées un long moment sans rien dire, osant à peine nous regarder, puis elle s'est levée. Sa voix tremblait quand elle a parlé et là, j'ai su que j'avais gagné, quelque part, parce que son égo avait pris un sérieux coup dans l'aile.

- Je crois que j'ai compris. En fin de compte, Olivia, tu ne vaux pas mieux que ces connards de chez Proctor&Gamble. Et je vais te dire quelque chose : je te souhaite le meilleur dans ton nouveau boulot mais si tu veux mon avis, avec tes raisonnements, tu resteras toute ta vie ce que tu es : un sous-fifre.

Et elle est partie. C'est la dernière fois que je l'ai vue.

Assez étrangement, ce qu'elle m'a dit ne m'a rien fait du tout, simplement parce que derrière ses paroles, il y avait la frustration et l'échec. C'est là que j'ai compris la véritable raison d'être de notre amitié et de ses attitudes supérieures : la compétition. Elle m'avait rabaissée pendant tout ce temps juste pour pouvoir mieux vivre son propre échec.

J'ai quitté le café soulagée. Deux mois plus tard, j'emménageais ici.

C'est fou où nos pensées peuvent nous emmener. Je n'y avais plus songé depuis longtemps, à cette dispute, et là, à l'arrière de la voiture qui filait vers le Quai Charles de Gaulle, ça me revenait. Pourtant, de l'eau avait coulé sous les ponts depuis, et les événements m'avaient confortée dans mon idée première car après trois ans au département Crime Analysis, je suis passée Assistante Criminologue à la Cellule ADN.

Ca faisait un an maintenant que je bossais avec Robert J. Lane, Project Manager à la Cellule ADN, et j'adorais ça. C'est un grand américain dans la quarantaine, les tempes grisonnantes et du charme à revendre. Le croisement entre Richard Gere et George Clooney si vous voyez ce que je veux dire. Un sourire, un simple éclair de son regard bleu, et il a toutes les bonnes femmes qu'il veut à ses pieds. Même moi, s'il avait voulu, parce que j'avoue que je ne l'aurais pas laissé dormir dans la baignoire, Bob. Mais pas de bol, il est marié....et fidèle. Faut dire que je le comprends : Evelyn, sa femme, est une perle, une vraie et ses deux gamins sont des petits monstres adorables. Quand j'ai été envoyée à Quantico pour une partie de ma formation, ils m'ont tous accueillie à bras ouverts. Ca m'a fait un drôle d'effet de voir des gens aussi unis et les Lane représentent pour moi mes seuls vrais souvenirs de famille. Parce qu'en Belgique, à part mon frère...

Soit, ça n'est pas vraiment le propos. Quant à Quantico, c'est vachement surfait, comme académie. Ou peut-être que je m'en étais faite une telle image que j'ai été déçue. Bref, j'ai passé deux mois dans un environnement qui me rappelait beaucoup l'ULB, à vrai dire, et pas tellement Jodie Foster dans "Le Silence des Agneaux"...

Là, on rentrait de Lausanne. De l'Institut de Police Scientifique et de Criminologie de Lausanne, L'IPSC, pour être exacte. Le plus ancien au monde...et l'un des meilleurs, évidemment. On avait assisté à une conférence sur les catégories de condamnés susceptibles de faire partie de la base de données ADN internationale, Lane y apportait son expérience en tant que responsable Interpol. Nous y sommes restés trois jours et puis Leroy, le correspondant des forces de Police dans notre équipe, m'a appelée sur mon portable : il voulait l'avis de Lane sur ce qu'on allait appeler entre nous "L'affaire des Foetus" et j'ai organisé le retour en France.

Je n'ai pas eu le temps de dormir dans la nuit du dimanche au lundi, pourtant ce n'était pas le premier voyage qu'on passait dans ces conditions, mais Bob voulait tout savoir sur l'affaire et on a épluché nos dossiers, nous organisant une nuit blanche. J'adooore.

A mes débuts chez Interpol, je considérais tous les coupables de crimes violents comme des fous; maintenant, je fais de subtiles distinctions car j'ai vite appris qu'il n'y a pas de limite à ce que l'homme peut faire endurer à son prochain. Pourtant, le coup des foetus, ça m'a quand même laissé un arrière-goût amer dans la bouche, des nausées. Peut-être parce que je suis une femme et donc une mère potentielle, je ne sais pas. En tout cas, cette histoire m'a beaucoup remuée et Robert l'a compris. Vers trois heures du matin, il m'a envoyée dans ma chambre pour prendre un peu de repos...et un peu de recul aussi. A cinq heures et demie, quand mon réveil a sonné, je n'avais pas fermé l'oeil. A ma décharge, je tiens quand même à préciser que je n'ai pas uniquement compulsé le dossier français, mais aussi la majorité des dossiers recensés chez nous avec le mot-clé foetus. Et c'est en prenant ma douche, ce matin-là, que j'ai opéré une nouvelle mutation dans ma gradation personnelle de la folie : les gens capables de commettre ce type de crimes arrivent à présent tout en haut de l'échelle.

La mercedes nous attendait en bas de l'hôtel et à six heures précises nous démarrions pour la France.

Quand je suis arrivée au bureau, un monceau de courrier m'attendait. Sous l'oeil amusé de Leroy, je l'ai simplement mis de côté et j'ai allumé mon PC. J'ai travaillé comme une folle jusqu'à dix heures, jonglant entre différentes sessions et au téléphone avec Hannah, notre conseiller scientifique. Une vraie de vraie généticienne, un petit génie du cyclotron.

A dix heures quart, Robert et moi avions fini les derniers préparatifs et à vingt-cinq nous accueillions nos visiteurs externes.

Et c'est là qu'il est arrivé. Il m'a reconnue, lui aussi. Mon coeur a failli s'arrêter quand j'ai croisé ses yeux : Aubry ! C'est fou comme son prénom a si vite retrouvé sa place dans mon cerveau : Aubry, Aubry, Aubry...Il y tourne avec tant d'aisance, à chaque battement de mon coeur, c'est comme un carrousel qui ne veut plus s'arrêter. Et tout qui s'enchaîne, les mains qui deviennent moites, le froid glacial qui engourdit chacun des gestes, l'horrible boule dans la gorge, le buzz dans le ventre, le frisson intempestif et le vertige qui va, qui vient, qui trompe la vue, comme si la pièce devenait toute petite, trop petite, puis qui s'allonge jusqu'à devenir un véritable hall de foire. Tout ça à cause de cinq petites lettres, des lettres innocentes prises en solitaire mais qui sont devenues ensemble une arme redoutable contre moi : Aubry...

- Olivia ? Tout va bien ?

Robert me regardait d'un air sincèrement inquiet. Dans un réflexe paternel, il m'avait mis la main sur l'épaule et ce simple contact m'a redonné courage, et ramenée sur Terre.

J'ai balbutié une faible excuse, tout mis sur le compte du manque de sommeil et j'ai souri bravement. Il a eu l'air sceptique mais il n'a rien dit. Il a juste hoché la tête et m'a entraînée avec lui dans la salle de réunion. Après tout, c'était moi qui devait prendre note.





17:40 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/02/2005

Translation ?

By the way....According to my stats on geoloc.com, there are some american and english people who visit this blog.....welcome, I'm honoured ;o)
 
For them/you, I could translate (or at least try) the content of this blog for you to investigate...but not here, indeed ;o)
I shall create another blog, totally "english written" where you will have access to the same information than the "french written".
 
Of course, the both blogs will probably follow parallel ways and, in order not to have too much work with this story, I shall sometimes "synchronise" them.
 
Let me know if you are interested....and sorry for my approximative english (but it could also be a good exercise for me......no ?)

23:03 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Procès-verbal de la réunion Interpol du 14.02.2005

Présents :

Franny N'janema, Interpol President

Gil T McEon, French NCB Manager

Robert J Lane, Specialized Officer Project Manager DNA Unit team

Hannah Zeiner, Scientific Advisor DNA Unit team

Matthew Leroy, Specialized Officer Police Co-ordinator

Guillaume Cullier, Juge d'Instruction de Châlons/Marne, Dept Marne, France

Aubry Corlier, Commissaire, Crémincourt, Dept Marne, France

Ordre du Jour : 3.1224/I/24-7/UE04.01.05

Chers collègues,

Chers invités

Veuillez trouver ci-dessous le procès-verbal de notre réunion du 14 courant, concernant l'affaire susnommée.

Les NCB's (National Central Bureau's) d'Interpol de Belgique, Grèce, Italie et Allemagne ont chacun reçu, en retour de mail, une réponse à la notice orange envoyée par le QG de Lyon. Le MO semble être identique, les commissariats (voir liste ci-jointe) ayant été livrés par courrier privé. Les colis étaient chacun du même gabarit que celui envoyé à Crémincourt.

Dans deux cas seulement des recherches ont été effectuées, à moindre échelle toutefois que celles de Châlons. Dans les deux autres cas (Grèce et Belgique), les commissariats ont cru à une plaisanterie de mauvais goût et à un animal dépecé, vraisemblablement un petit rongeur.

A Schrönbrück et Puriano, l'hypothèse majoritaire ayant été la même, les entités ont souhaité interpeller l'auteur des faits. Des relevés dactyloscopiques ont été effectués et comparés à la base de données nationale. Sans succès. Les "carcasses" ont été conservées comme pièces à conviction.

Les colis de Rivenières et Katzikos étant perdus (jetés aux ordures, la "carcasse" incinérée), nous avons immédiatement pris contact avec les NCB's de Dreisdorf et Rome afin de récupérer les fœtus et les analyser ici-même et nous avons effectué une recherche dans la base de données IAFIS concernant les empreintes digitales.

Voici nos conclusions :

Nos résultats ont été vérifiés deux fois, par deux scientifiques éminents différents. Le schéma des résultats apparaît similaire à celui de Châlons :

Schrönbrück : une dizaine d'empreintes différentes, seulement une inconnue (empreinte "croisée" , à savoir cachée par une autre plus récente). Selon l'analyse IAFIS, cette empreinte semble appartenir à Mr Guy Van Abdij, représentant honoraire à la Cour Suprême de Justice Européenne, décédé il y a huit mois d'une embolie cérébrale.L'analyse ADN reste sans résultats mais un examen au microscope a révélé la présence d'une scarification, apparemment, il s'agirait d'un "A" renversé. Etant données les circonstances, une comparaison avec l'ADN du Juge Van Abdij serait souhaitable. Des démarches seront effectuées en ce sens auprès du gouvernement belge afin d'obtenir un permis d'exhumer.

Puriano: Trois empreintes différentes seulement. Une seule inconnue. Appartient à Mr Erik Kaulbl, rapporteur du groupe Audit II : politiques structurelles et internes à la Cour des Comptes européenne. Actuellement en vacances avec sa famille. Nous cherchons à le joindre. Scarification au niveau de la nuque : "R" ou "K". Analyse ADN également inconnue. Mêmes démarches qu'à Schrönbrück

La réunion est levée jusqu'à complète obtention des résultats.

Bien à vous,

 

 

Matthew Leroy,

Specialized Officer Police Co-ordinator

Interpol - ICPO




21:49 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/02/2005

Chapitre 2

Le policier était sous la douche lorsque la sonnerie du téléphone retentit dans le couloir.

- Et merde !

Ruisselant d'eau, il sortit du tub, arracha l'essuie qui traînait sur l'évier et se précipita au-dehors mais le répondeur s'était déjà mis en fonction quand il arriva enfin dans le bureau. Il jura bruyamment et se mit à appuyer frénétiquement sur les boutons de l'enregistreur.

- Aubry, il faut absolument que je te parle, mon vieux, disait la voix de Guillaume Cullier, Juge d'Instruction. Je viens de recevoir les résultats d'Interpol, c'est…euh…

Le commissaire décrocha, peu soucieux de l'appareil qu'il ne parvenait pas à éteindre.

- Gui, je suis là, s'écria-t-il avant de jurer à nouveau sur le répondeur qui s'était mis à biper pour une raison inconnue.

De l'autre côté du fil, et malgré le dossier qu'il avait sous les yeux, le juge sentit un léger sourire étirer ses lèvres. Enfin, l'agaçant sifflement prit fin et le magistrat surprit un gloussement féminin qui s'éteignit brusquement tandis que la voix de l'autre lui parvenait comme étouffée.

- Aubry ? Ça va ?

- Hein ? Euh…oui, oui, t'inquiètes pas, juste cette nom de dieu de boîte de conserve qui voulait pas s'éteindre.

- J'ai entendu, merci. Au fait, remercie Erna pour son aide.

Le blanc qui suivit éclaira le juge sur le fait qu'il venait de commettre un impair.

- Euh…c'était pas Erna, vieux, confirma l'autre.

Cullier se mordit virtuellement les lèvres, songea à quelques excuses puis, aucune ne l’ayant convaincu, il se râcla la gorge avant de continuer :

- Ok, Ok. Comme je l’ai dit, je viens de recevoir les résultats d’Interpol et j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

- Dis toujours…

- La bonne, c’est qu’on a identifié l’empreinte inconnue. La mauvaise, c’est que le type est mort depuis plus de 6 mois.

Le juge laissa passer un bon moment, attendant des exclamations qui ne venaient pas, avant de reprendre, un peu troublé par le manque de réaction du policier.

- Claudio Alessandro Buzzeto, lut-il à haute voix. Né le 25 mars 1957 à Rome. Marié et père de deux enfants. Maîtrise en droit à l’université La Sapienza de Rome. Député au Parlement européen depuis 1997. Chef de la délégation de Forza Italie au Parlement européen. Professeur de Droit des Institutions Européennes à l’Ecole de Commerce Solvay, Bruxelles…

- Mazette, siffla le commissaire. Qu’est-ce qu’une huile de l’Union vient foutre dans ce bordel ?

Cullier soupira et se frotta les paupières par-dessus ses lunettes.

- Attends, Aubry, c’est pas tout. Buzzeto a été retrouvé dans un terrain vague de la banlieue de Bruxelles le 1 mai 2004. Mort, évidemment. Apparemment, d’après l’emploi du temps reconstitué par la police fédérale, la dernière fois que le député aurait été aperçu vivant, c’est trois jours auparavant, le 28 avril. Entre les deux, rien. Le brouillard total.

Il perçut de l’autre côté du fil un grincement qui lui indiqua que le policier venait de s’asseoir dans le vieux fauteuil de bureau.

- Mais qu’est-ce que c’est que cette merde ? articula péniblement le commissaire, plus à son attention qu’à celle du juge.

- D’après ce que j’ai pu en lire, continuait Cullier en fouillant dans la masse de paperasse, Buzzeto a été trouvé, je cite : le corps entièrement nu, en position fœtale et enveloppé dans de la toile cirée. Le premier rapport d’autopsie indique qu’il aurait été abusé sexuellement avant d’être étranglé puis émasculé. L’analyse toxicologique a également relevé des traces de brûlures alcalines induisant la présence de gamma hydroxybutyrate de sodium ou GHB. Autrement dit, la drogue du viol.

- Nom de Dieu ! Gui, est-ce qu’on a retrouvé ceux qui…

- Non. Aucune trace de sperme, pas même de résidu séminal et rien qui puisse nous fournir une empreinte génétique autre que celle de la victime.

Cette fois, le policier laissa échapper un grognement.

- Tu veux quand même pas me dire que...

- L'objet utilisé pour pénétrer Buzzeto n'était pas humain, laissa tomber le juge.Pas même organique, apparemment. Certainement un gode. Ou ce que le coupable avait sous la main, dans le pire des cas.

Cette fois le silence s'appesantit, devenant presque palpable tandis que le policier digérait l'information. Assis, presque nu, s'habituant à l'obscurité ambiante, les yeux dans le vide et fixant un point invisible droit devant lui, il ne se rendait plus compte des gouttes d'eau qui coulaient le long de son dos et du cuir qui lui collait aux fesses.

- Aubry ?

- Chuis là, Gui. Merde, je comprends vraiment plus rien, mon vieux. Qu'est-ce que cette histoire a à voir avec notre cigogne ?

- l'ADN, mon vieux.

- l'ADN ? s'étonna-t-il, mais de quoi tu parles ?

Le Juge inspira profondément avant de lâcher la bombe. La deuxième de la journée, mais pas la moindre, sans aucun doute.

- Le foetus....c'est exactement le même ADN. 12 marqueurs, Aubry, et aucun doute possible. Interpol veut nous voir, lundi, 10h30, à Lyon.

La voix qui lui parvint semblait complètement indifférente, comme si le commissaire n'avait prêté aucune attention à ses dernières paroles et Cullier reprécisa le rendez-vous. L'autre sortit de sa torpeur et confirma.

- J'ai entendu, Gui, merci. Putain de merde, mais qu'est-ce que c'est que ce bordel, nom de Dieu, rugit-il soudain. J'y pige que dalle.

- si ça peut te rassurer, moi non plus. Qui sait, peut-être que d'ici lundi, Interpol aura trouvé quelque chose à nous mettre sous la dent : ils ont envoyé une notice orange à tous les pays membres. Si un cas similaire s'est déjà produit, on le saura suffisamment tôt, crois-moi.

- J'espère, mon vieux, j'espère.

La minute suivante, les deux hommes prenaient congé l'un de l'autre, le cadavre mutilé de Buzzeto flottant toujours au-dessus de leurs têtes. Le Commissaire ne s'accorda que le temps de raccrocher avant de former un autre numéro.Ses doigts tambourinèrent sur le bois poli du bureau tandis que les sonneries s'égrénaient de l'autre côté du fil. Un doigt devant sa bouche, il intima le silence à la femme qui venait d'entrer et lui indiqua un siège où prendre place.

Lorsque son interlocuteur décrocha, il brancha le haut-parleur.

- C'est moi. C'est Aubry, mon vieux. Je peux passer te voir ? Ouais, c'est important. Je me suis dit que tu pourrais peut-être me tirer d'affaire...

23:49 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

10/02/2005

Rapport Interpol

"A l'attention de Guillaume Cullier, Juge d'Instruction,
 
 
Monsieur le Juge,
 
URGENT
 
Concerne : Rapport d'analyse ADN, ref PF5101
 
Veuillez trouver ci-joint le rapport d'analyse ADN concernant l'affaire dont vous nous nous sommes déjà précédemment entendus. J'ai également ajouté le rapport d'empreintes que je vous avais déjà fait parvenir.
Etant donné l'importance des résultats, nous avons estimé qu'il serait préférable que nous nous rencontrions d'abord en nos bureaux de Lyon avant de poursuivre l'enquête sur le terrain.
Il ne fait à présent plus aucun doute que nous avons affaire à quelqu'un, sinon dangereux, du moins extrêmement fort au fait des manipulations liées à la génétique.
C'est pourquoi nous vous prions d'assister à la réunion qui se déroulera ce lundi 14 février à 10h30 au siège central.
 
Veuillez agréer, cher Juge, l'expression de mes salutations distinguées.
 
 
Matthew Leroy
Specialized Police Officer Co-ordinator
Interpol -ICPO"
 
Attachments :
- http://membres.lycos.fr/corliisa/crimescene/adn.jpg
- http://membres.lycos.fr/corliisa/crimescene/adn-attach1.jpg
http://membres.lycos.fr/corliisa/crimescene/adn-attach2.JPG
 


21:08 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

03/02/2005

Récapitulatif

Cinq colis, cinq commissariats perdus, cinq foetus
France :
Un foetus, une lettre "gravée" : "R" ou "B"
Une empreinte appartenant à un parlementaire européen mort depuis quelques mois
Un ami qui ne dit pas tout
Interpol qui s'en mêle
.....et des analyses qui tardent....
 
La suite ??? A vous de la trouver

00:12 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |