28/02/2005

Chapitre 3 : suite...

La réunion débuta effectivement à 10h30, après l'arrivée de Mr Franny N'Jamena, premier représentant africain au poste de Président d'Interpol, accompagné du directeur Interpol France, Gil T McEon.

Le commissaire et Cullier échangèrent un regard d'étonnement face à la présence du plus haut dignitaire de l'organisation internationale de Police : s'il était là, c'était que l'affaire devait être encore plus complexe qu'ils ne l'avaient estimée et les deux hommes se tournèrent vers leur contact.

Pour toute réponse, Matthew Leroy fit un petit signe apaisant de la main et leur indiqua du menton l'homme qui les avait accueillis. Ce dernier était actuellement penché vers la jeune femme qui l'accompagnait et, plongé dans une grande conversation dont l'objet semblait être la masse de feuillets qu'il tenait en main, ne s'apercevait pas de l'attention qu'il suscitait. Son assistante, par contre, ne pouvait s'empêcher de jeter, de temps à autres, quelques regards furtifs vers eux.

D'un coup d'oeil rapide, le Juge nota également la présence d'une femme, la quarantaine florissante et l'aspect strict, qu'on lui présenterait un peu plus tard comme étant le Dr Hannah Zeiner, consultant scientifique au sein de la Cellule ADN.

Au bout de quelques instants de flottement durant lesquels chacun se jaugea du regard, excepté le couple toujours occupé à rassembler les papiers, McEon prit la parole, s'adressant directement à l'assistance. Immédiatement, et faisant honneur à la discipline de l'organisation, un silence respectueux s'installa.

- Mesdames, commença-t-il en saluant courtoisement la tête vers la généticienne, Messieurs. Avant de céder la parole à Bob, je tiens à remercier chacun d'avoir fait le déplacement jusqu'en nos bureaux et particulièrement à rassurer nos visiteurs, peu habitués au fonctionnement de notre organisation. Etant données les circonstances et les découvertes que la coopération des différents services de Police européenne ont permis de faire, nous avons jugé qu'il était préférable que cette réunion ait lieu ici-même. Non pas que nous estimions qu'il y ait un risque quelconque, comprenez-le bien, mais parce qu'il était plus simple pour nous de l'organiser au Quartier Général.

Le directeur du territoire français s'exprimait dans un langage châtié malgré le soupçon d'accent anglais trahissant ses origines et, aux inflexions de sa voix, le policier reconnut un grand orateur.

McEon faisait partie de ces hommes dont la voix représente une arme aussi redoutable que les poings et qui arrivent toujours à obtenir l'écoute des autres.

A vrai dire, il était parfait pour le rôle qu'il s'était assigné aujourd'hui car il préparait avec brio le terrain au technicien qui lui succèderait dans quelques minutes. En quelques brèves phrases, il résuma les derniers événements et ponctua chaque point de coups d'oeil circulaires lui permettant de rencontrer les regards de chacun des participants. Enfin, il céda la place à l'homme aux papiers, qui se présenta comme étant le responsable de la Cellule ADN, ainsi qu'au Dr Zeiner. Dès les premières paroles, le ton changea, devenant subitement plus académique et rappelant au commissaire ses années sur les bancs de l'université.

- Messieurs, comme l'a si aimablement rappelé Gil, nous sommes en présence de ce que nous appelons, en sciences médico-légales, des preuves "croisées", à savoir des évidences se trouvant là où il est scientifiquement impossible qu'elles soient.

Otant ses lunettes, Lane saisit un boîtier dont il actionna l'un des interrupteurs, plongeant la pièce dans une obscurité complète d'où ressortait uniquement le grand écran lumineux face à l'entrée et vers lequel convergèrent tous les regards.

Le scientifique se leva et, se dirigeant vers l'écran, se servit à nouveau de la télécommande. Une empreinte apparut, grossie tant de fois qu'elle occupait maintenant une surface d'à peu près 1,5 m².

- Ceci est l'empreinte que vous avez relevée sur le colis DHL en provenance de Munich et que nous avons comparée à la base de données IAFIS (Integrated Automated Fingerprints Identification System) dans laquelle nous avons obtenu une concordance

Nouveau clic. L'écran se divisa en deux, une partie reprenant l'empreinte déjà observée et l'autre un formulaire de prise d'empreintes destiné au fichier central de la Police Belge.

- Claudio Alessandro Buzzeto, parlementaire européen, découvert mort dans des circonstances encore non-élucidées à Bruxelles, le 1er mai 2004.

Les empreintes disparurent, remplacées par l'une des photos prises sur la scène de crime par la Police Judiciaire belge. D'un mouvement rapide, Cullier risqua un coup d'oeil sur chacun des participants mais aucun n'avait bronché et il se préparait à revenir vers Lane lorsque son regard tomba sur son voisin : le commissaire ne suivait absolument pas ce qui se passait sur l'écran mais dévisageait avec insistance l'assistante du scientifique. La jeune femme, quant à elle, gardait la tête résolument dirigée vers son patron.

- Evidemment, continuait ce dernier, vous savez que chacun d'entre nous possède des empreintes qui lui sont propres et qu'il est absolument impossible, même chez les vrais jumeaux, que deux individus possèdent des empreintes similaires. Ainsi voici notre premier exemple de preuves croisées puisque l'empreinte découverte dans le colis appartient sans aucun doute possible à Mr Buzzeto.

La photo changea à nouveau pour laisser apparaître ce qui pouvait ressembler à une souris dépecée mais qui était en réalité un foetus d'origine humaine au 1er mois de son évolution.

- De nouveau une preuve croisée : le foetus.Plus inquiétante encore puisque l'ADN de l'enfant correspond avec certitude à celui de Mr Buzzeto.

- Je tiens à préciser, intervint le Dr Zeiner qui s'était tue jusqu'à présent, qu'il ne s'agit pas ici d'une concordance comme celle qu'on peut retrouver lors des tests de paternité, mais bien d'une similitude exacte !

Le policier tressaillit et se tourna vers le Juge qui intervint immédiatement.

- Vous voulez parler de...d'un clône...ou de quelque chose comme ça ?

Lane fixa le magistrat et un éclair passa sur les lunettes qu'il venait de rajuster.

- Un clône, oui. La reproduction exacte d'un être humain. Imaginez un peu les moyens mis en oeuvre pour nous adresser ce colis ?

Le commissaire laissa échapper un juron avant de s'excuser.

- Des moyens colossaux, Messieurs, reprit la généticienne, toisant chacun des hommes présents avant de se recentrer sur l'écran. Elle prit la télécommande des mains de Lane et continua la présentation, celle-ci entrant définitivement dans son domaine.

- Il existe deux formes de clônage, commença-t-elle en enclanchant la télécommande. Il y a le clônage cellulaire, qui sert notamment dans le traitement des grands brûlés.

Le schéma d'une cellule apparut à l'écran juste à côté de la photo d'un torse cruellement défiguré par le feu.

- Il s'agit en réalité d'une simple "culture" de cellules différenciées, permettant de reproduire la peau.

La cellule commença à se démultiplier à l'infini jusqu'à former une peau qui vint se fixer au torse, recréant ainsi l'aspect originel du blessé.

- Et le clônage embryonnaire, qui est celui qui nous intéresse.

Au soulagement de tous, le torse décomposé disparut, cédant à son tour la place au schéma déjà observé.

- Il peut se faire de deux manières, soit par splitting, ou scission géméllaire de l'oeuf fécondé, ce qui, vous vous en doutez, n'est certainement pas arrivé. Soit en introduisant le noyau remis à zéro d'une cellule différenciée dans un ovule énucléé, formant ainsi une cellule totipotente capable de se reproduire comme un embryon.

Une animation débuta sur l'écran, commentée par le Dr Zeiner.

- Plus clairement, on ôte le noyau d'une cellule adulte, par exemple une cellule de la peau ou du foie, de façon à ne garder que ce qui contient les chromosomes, et donc l'ADN, et on l'injecte dans un ovule préalablement vidé de son noyau. Ensuite, on réalise la fusion des deux cellules par un champ électrique. En cas de réussite, cela formera un embryon qui se développera, donnant à l'arrivée un bébé possédant exactement le même patrimoine génétique que le donneur de la cellule.

L'animation s'interrompit et Hannah se tourna vers la table.

- Cependant, il faut savoir qu'outre la difficulté d'isoler le noyau d'une cellule et de "vider" un ovocyte, ce qui nécessite tout de même un appareillage particulièrement pointu, l'application du champ électrique aux deux cellules se révèle souvent fatal, entraînant des lésions irréparables au futur embryon. Enfin, dernier point et non des moindres, le facteur humain. L'embryon ne peut être développé in vitro que jusqu'au stade blastocyte, après lequel il devra être implanté dans la mère porteuse, à savoir, dans les 6 jours. Et il faut également tenir compte des pertes, car toute fécondation in vitro ne réussit pas, bien au contraire.

Cette fois, ce fut McEon qui prit la parole.

- Dr Zeiner, à votre avis, quelle a été la plus grande difficulté rencontrée par le coupable ?

- Les cellules originelles, répondit sans hésiter la généticienne. Comprenez-moi bien, étant donnés les risques d'échec, de l'ordre de 60%, celui qui a fait ça a dû avoir un pool de cellules relativement important. Sans compter les ovules.

- Mais quelle bonne femme pourrait bien participer à ça ? maugréa le commissaire, complètement dépassé.

- Oh, vous en trouverez bien plus que vous ne le croyez, Commissaire, intervint Lane, un léger sourire désabusé aux lèvres. La pauvreté, l'appât du gain facile. Le marché existe. Vous savez combien on offre, à l'heure actuelle, pour un ovule ? 2.500 euros ! Imaginez ce que ça peut représenter pour certaines personnes...

Cullier porta la main à son front, abasourdi une fois de plus par ce que la nature humaine pouvait engendrer, tandis que le policier s'affaissait sur son siège.

- Nom de Dieu...

Il avait l'impression que c'était tout ce qu'il pouvait répéter depuis que ça lui était tombé dessus. Dans un bête réflexe, il tourna la tête vers Olivia, cherchant le secours d'un visage connu, mais la jeune femme détourna son regard, raidissant à nouveau la nuque vers l'écran.

Lane, lui, avait repris la télécommande. La photo de deux autres foetus apparut à l'écran.

- Voici ce que nous avons reçu après avoir envoyé une notice orange à tous les pays membres. Ces deux-ci ont été les premiers à réagir. Il s'agit des commissariats de Schrönbrück et Puriano, respectivement situés en Allemagne et Italie. Apparemment, le modus operandi a été le même : un colis, livré par un courrier express, dans un commissariat quelconque du pays. Malheureusement, contrairement à vous, les représentants de l'ordre ont considéré cela comme une mauvaise plaisanterie, envoyée par une bande d'étudiants certainement. Ils ont gardé les pièces à conviction et ont commencé une enquête, se focalisant surtout sur les empreintes et la société de livraison afin d'interpeller le plaisantin, les justice allemandes et italiennes n'appréciant guère ce type de pitrerie. A aucun moment, ils n'ont cru être en présence d'un foetus humain, du moins jusqu'à ce qu'ils reçoivent la communication informatique de nos services.

Sur l'écran apparurent deux nouvelles photos, ressemblant de manière étonnante à celles leur faisant pendant.

- Comme je vous l'ai déjà dit, les deux premières photos sont celles des foetus envoyés aux deux commissariats. Ci-dessous vous voyez des photos de rongeurs dépecés tels qu'on peut en voir lors de certains "rituels" estudiantins. Ce petit point pour vous expliquer la méprise de ces policiers.

La démonstration étant finie, une carte de l'Europe s'afficha, où s'implanta d'abord un point rouge au niveau de Châlons et Crémincourt, ensuite à Puriano et Schrönbrück. Deux autres points apparurent également, l'un en Belgique et l'autre en Grèce.

Le commissaire s'agita sur sa chaise mais resta silencieux. Cullier, lui, s'était inconsciemment avancé, les deux coudes appuyés sur la table et le cou tendu vers la carte.

- Qu'est-ce que...

- Deux autres livraisons, coupa Lane. Commissariats de Rivenières et Katzikos. De même que leurs confrères allemands et italiens, les policiers ont cru à une plaisanterie mais, étant plus coulants que leurs homologues, ils ont simplement envoyé la "carcasse" à l'incinérateur et jeté le colis. Nous n'avons reçu leurs informations qu'hier dans la journée et nous n'en savons pas plus à leur sujet. Par contre, les deux autre foetus ont pu être analysés, ainsi que les empreintes, et les résultats sont tout aussi édifiants que ceux de Crémincourt.

Sur la carte vint se greffer la photo de Buzzeto mort, telle que prise à Bruxelles plus de 6 mois auparavant. Ensuite apparut la photo d'un homme d'âge mûr en robe d'avocat qui souriait à l'objectif. Elle vint se ranger en Allemagne, auprès du point représentant Schrönbrück.

- Guy Van Abdij, commenta Lane, le nez dans ses feuillets. Représentant honoraire à la Cour Suprême de Justice Européenne, décédé il y a huit mois d'une embolie cérébrale. L'analyse ADN reste encore actuellement sans résultats puisque nous ne possédons, à l'inverse de Mr Buzzeto qui a été consigné dans le fichier judiciaire belge, aucun relevé à son sujet. Mais nous avons d'ores et déjà demandé un permis d'exhumer auprès du gouvernement belge afin de pratiquer un comparaison. Quant au foetus, il arborait le même type de scarification que celui de Crémincourt, quoique la lettre soit différente : d'après l'analyse au microscope, il s'agirait d'un "A" inversé.

Au fur et à mesure des paroles du responsable Interpol, le commissaire sentait une migraine poindre, rivalisant avec un complet déboussolement face à la proportion que prenaient les événements. C'était trop gros, trop grand, trop fort pour lui. Après tout, il n'était qu'un petit commissaire paumé de province.

Un changement de luminosité lui fit à nouveau tourner la tête vers Robert Lane qui poursuivait, face à une nouvelle photo qui prenait place en Italie.

- Erik Kaulbl, rapporteur du groupe Audit II à la Cour des Comptes Européenne. C'est le seul des trois qui soit encore en vie puisque Mr Kaulbl est actuellement en vacances avec sa famille. Nous cherchons à le joindre par tous les moyens possibles afin d'effectuer une comparaison ADN mais, d'après ses proches, Mr Kaulbl a la réputation de protéger sa tranquillité quand il le peut. De nouveau une scarification sur la nuque du foetus mais nous n'avons pas été à même de déterminer la lettre avec précision. Nous avons tout de même réduit les possibilités à deux : "R" et "K".

 

En regagnant la voiture qui les attendait dans le parking, les deux hommes n'échangèrent aucune parole, se regardant à peine, chacun évaluant à sa manière la portée d'une affaire telle que celle dans laquelle ils avaient été précipités sans le vouloir.

Au moment de monter, Cullier eut l'attention attirée par l'une des fenêtres du premier étage : l'assistante de Lane les regardait, les bras ramassés autour du corps. Suivant son regard, le policier resta un long moment à contempler la jeune femme.

- Aubry ? Faut qu'on y aille, mon vieux.

Intrigué, le magistrat nota l'effort que fournit son ami pour détacher ses yeux de l'image de la fille mais il s'abstint de tout commentaire.

- Qu'est-ce que t'en penses ? interrogea-t-il en faisant démarrer la voiture.

Le commissaire soupira

- C'est un beau merdier, si tu veux vraiment mon avis. Un vrai de vrai beau merdier. Mais il y a une chose que je ne comprends pas.

- Dis toujours.

L'autre se tourna vers lui et planta ses yeux dans celui du magistrat.

- Si ce gars a fait tant d'efforts pour prendre des empreintes et des cellules de gars de l'Union, en faire des clônes et graver des lettres sur les nuques des foetus, pourquoi les a-t-il envoyés à des commissariats paumés où il y avait 80% de chance qu'on traite l'affaire comme une simple plaisanterie de mauvais goût et qu'on balance tout au bac ? Putain, je veux dire, si on avait pas fait le rapprochement chez nous, qui l'aurait fait ?

Cullier acquiesça sans trouver quoi répondre. C'était une question de plus dans l'amas grandissant qui se créait.

En soupirant, il actionna la première et la Citroën s'engagea dans l'allée qui menait à la sortie du complexe. Ne sachant que dire, il décida de changer momentanément de discussion, embrayant sur un sujet plus léger.

- Elle était mignonne, hein ?

- Qui ça ? demanda le policier en se raidissant.

- L'assistante de Lane. Vachement sexy, non ?

Mais le commissaire détourna le regard et s'enfonça dans la contemplation du paysage

- Mouais, possible. Pas fait attention.



11:59 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Comme promis... Je suis venu, j'ai vu, j'ai voté.
J'ai donc mis la plus mauvaise cote car de ma vie, jamais je n'ai vu un blog aussi mal fait et inintéressant.

Voilà donc ta troisième appréciation "Très mauvais" :op

Écrit par : Igguk | 28/02/2005

Arf ! Ah ben, toi, t'es un vrai pote, alors....;o)
Et voilà comment on fausse les stats !

Me vengerai tiens ;op

Écrit par : CSI | 28/02/2005

Salut!!! Beau "merdier" en effet...Petite précision (j'ai du louper un truc), sont-ils toujours en charge de l'affaire? Ont-ils les compétances nécessaires? Ne devraient-ils pas s'entourer d'un ou d'une expert?
On pourrait imaginer que le commissaire rencontre "fortuitement" la mystérieuse jeune femme...de là, on pourrait apprendre de nouveaux éléments sur l'enquête...du moins, entendre un discours plus officieux...

Écrit par : Seb | 01/03/2005

Compétences Effectivement, la police nationale reste toujours en charge de l'affaire, Interpol n'agissant alors que comme "lien" entre les différentes polices...

Pour le reste....je m'en occupe dès aujourd'hui ;o)

Écrit par : CSI | 01/03/2005

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