26/02/2005

Chapitre 3 : Nouveau personnage...

Ce chapitre, ou plutôt le début de ce chapitre, a pour but la présentation et l'entrée en scène d'un nouveau personnage. Evidemment, je mettrai dès demain ou lundi la partie faisant l'objet de la réunion Interpol....et la suite....
C'est volontairement aussi que j'ai employé la première personne du singulier, l'histoire se déroulant selon deux angles de vue.
 

Nous sommes arrivés au Quartier Général avec deux heures d'avance. Comme rien ne pressait pour la réunion, j'ai pris le temps de contempler le paysage : de la fenêtre arrière d'une mercédes, l'arrivée au Siège Central d'Interpol, c'est toujours magique. C'est dingue, mais après toutes ces années, ça me fait encore le même effet. Enfin, toutes ces années, j'y vais pas avec le dos de la cuiller, non plus. Ca fait quoi ? 4 ans, maintenant ? Merde, quand je pense à la façon dont ça a commencé...

A l'époque, j'avais quoi ? 23, 24 ans ? Fini l'unif' depuis un an et demi et comme le marché de l'emploi n'était pas des plus brillants, j'avais pris ce qu'on me donnait, à savoir un job d'assistante de direction commerciale dans une boîte de presse gratuite. Quand j'y pense, j'avais bien fait, parce que dans ma promo, il y en a eu un tas qui ont refusé ce genre de boulot et ont préféré le chômage. Pas assez bien pour eux, qu'ils disaient. Tu parles. Un an plus tard, ils y étaient encore, au chomedu, et avaient complètement grillé leur diplôme.

- Putain, t'as de la chance, toi, me sortait régulièrement une des mes amies, promotion 2000 à l'Ecole de Commerce Solvay, Grande distinction. Moi, j'ai postulé chez Proctor&Gamble pour un poste de Marketing Junior mais ils m'ont refusée : pas d'expérience ! Non mais tu te rends compte ?

Je me contentais de hocher la tête, compatissante à souhait. De toute façon, qu'est-ce que j'aurais pu dire ?

- Et puis tu sais ce qu'ils ont osé me dire ? Que, malgré mon diplôme, je n'avais aucune connaissance du marché, et que toute ma théorie ne suffisait pas face à quelqu'un qui aurait déjà travaillé. Ils ont même sous-entendu que, maintenant, il n'y aurait que le chômage qui voudrait encore de moi. En gros, ils m'ont jetée comme une malpropre, ces connards !

Nouveau sourire attristé et petite mimique compréhensive de ma part. Mais je m'abstenais bien de l'ouvrir : ce que j'aurais eu à dire n'aurait pas été entendu de bonne grâce.

- De toute façon, concluait-elle alors immanquablement, ils n'auraient jamais eu de quoi s'offrir quelqu'un de ma formation. C'est ça, en fait, mais ils préfèrent toujours se la jouer méprisants plutôt que d'avouer ça. C'est du bluff, en réalité, et ils espèrent que je baisserai mes prétentions salariales pour avoir l'honneur de bosser dans leur boîte de cons. Mais là, ils rêvent : j'ai pas besoin d'eux, moi, et tant que j'aurai pas ce que je veux, ils pourront toujours se brosser, ces cons. Par contre, toi tu t'es faite avoir !

Ca me faisait toujours vibrer de rage, cette partie-là, mais avec le temps, j'avais compris que toute mon argumentation ne servait à rien. Alors je laissais dire

- Mais oui, c'est vrai, enfin, Liv', ne dis pas le contraire. T'as accepté le premier boulot qui venait. Résultat : t'es la bonne à tout faire d'un connard qui n'a même pas la moitié de ton QI et tu gagnes la même chose qu'au chomedu !

Là, je faisais appel à tout mon self-control pour la fermer, parce que la vraie vérité, c'était moi qui l'avais : j'étais peut-être juste une assistante mais moi, de l'expérience, j'en avais et, surtout, j'avais toutes les cartes en main pour avoir les moyens de mon ambition.

Alors, quand je suis arrivée à notre rendez-vous hebdomadaire du jeudi soir, au Barabar, et que j'ai lâché la bombe, Caro est restée toute bête.

- J'ai un nouveau job ! J'ai remis mon préavis ce matin. Dans deux mois, je pars pour Lyon.

- Quoi ?!

- Assistant Director's Secretary in Criminal Analysis Sub-Directorate. Chez Interpol.

Malgré le bruit, j'aurais cru pouvoir entendre une mouche voler, tellement l'autre avait l'air éberlué.

Evidemment, quand elle a reprit ses esprits, ça a été pour trouver la faille.

- Mais qu'est-ce que tu vas faire là-bas ? Dans un boulot de Secrétaire, en plus ! Je suis persuadée que si tu avais voulu, tu aurais pu avoir un poste au Ministère de la Justice...

J'en ai eu marre, alors j'ai laissé échapper tout ce que je retenais depuis plus d'un an.

- L'ennui, tu vois, c'est que des criminologues, le Ministère en a plein ses placards et que moi j'ai envie d'évoluer. Alors, oui, c'est un boulot de Secrétaire, mais c'est un boulot qui va me payer 2500 euros brut plus la prime d'expat', laquelle est quand même de 750 euros net ! Alors, dis-moi, quelle place tu préfères : celle d'une diplômée d'une des meilleures écoles de commerce du monde au chomage depuis un an et demi à 800 euros net par mois, ou celle d'une secrétaire chez Interpol à 3250 euros ? Moi, je vais te dire ce que je préfère. C'est d'avoir accepté un job à la con pendant un an et demi, payé peanuts, histoire d'avoir assez d'expérience pour gravir les échelons ! Parce qu'en fait, c'est ça que tu me reproches : d'avoir enfin les moyens de mes ambitions. Alors que toi, avec tes grands mots et tes exigences, tout ce que t'as fait de les études, c'est les noyer dans le chômage !!

j'ai honte à le dire mais je jubilais à la voir se décomposer au fur et à mesure de mes paroles. C'était comme si elle sombrait dans une mer de glace. Et moi je rajoutais les icebergs les uns après les autres, sûre qu'elle n'en réchappe pas.

Quand j'en ai eu fini, on est restées un long moment sans rien dire, osant à peine nous regarder, puis elle s'est levée. Sa voix tremblait quand elle a parlé et là, j'ai su que j'avais gagné, quelque part, parce que son égo avait pris un sérieux coup dans l'aile.

- Je crois que j'ai compris. En fin de compte, Olivia, tu ne vaux pas mieux que ces connards de chez Proctor&Gamble. Et je vais te dire quelque chose : je te souhaite le meilleur dans ton nouveau boulot mais si tu veux mon avis, avec tes raisonnements, tu resteras toute ta vie ce que tu es : un sous-fifre.

Et elle est partie. C'est la dernière fois que je l'ai vue.

Assez étrangement, ce qu'elle m'a dit ne m'a rien fait du tout, simplement parce que derrière ses paroles, il y avait la frustration et l'échec. C'est là que j'ai compris la véritable raison d'être de notre amitié et de ses attitudes supérieures : la compétition. Elle m'avait rabaissée pendant tout ce temps juste pour pouvoir mieux vivre son propre échec.

J'ai quitté le café soulagée. Deux mois plus tard, j'emménageais ici.

C'est fou où nos pensées peuvent nous emmener. Je n'y avais plus songé depuis longtemps, à cette dispute, et là, à l'arrière de la voiture qui filait vers le Quai Charles de Gaulle, ça me revenait. Pourtant, de l'eau avait coulé sous les ponts depuis, et les événements m'avaient confortée dans mon idée première car après trois ans au département Crime Analysis, je suis passée Assistante Criminologue à la Cellule ADN.

Ca faisait un an maintenant que je bossais avec Robert J. Lane, Project Manager à la Cellule ADN, et j'adorais ça. C'est un grand américain dans la quarantaine, les tempes grisonnantes et du charme à revendre. Le croisement entre Richard Gere et George Clooney si vous voyez ce que je veux dire. Un sourire, un simple éclair de son regard bleu, et il a toutes les bonnes femmes qu'il veut à ses pieds. Même moi, s'il avait voulu, parce que j'avoue que je ne l'aurais pas laissé dormir dans la baignoire, Bob. Mais pas de bol, il est marié....et fidèle. Faut dire que je le comprends : Evelyn, sa femme, est une perle, une vraie et ses deux gamins sont des petits monstres adorables. Quand j'ai été envoyée à Quantico pour une partie de ma formation, ils m'ont tous accueillie à bras ouverts. Ca m'a fait un drôle d'effet de voir des gens aussi unis et les Lane représentent pour moi mes seuls vrais souvenirs de famille. Parce qu'en Belgique, à part mon frère...

Soit, ça n'est pas vraiment le propos. Quant à Quantico, c'est vachement surfait, comme académie. Ou peut-être que je m'en étais faite une telle image que j'ai été déçue. Bref, j'ai passé deux mois dans un environnement qui me rappelait beaucoup l'ULB, à vrai dire, et pas tellement Jodie Foster dans "Le Silence des Agneaux"...

Là, on rentrait de Lausanne. De l'Institut de Police Scientifique et de Criminologie de Lausanne, L'IPSC, pour être exacte. Le plus ancien au monde...et l'un des meilleurs, évidemment. On avait assisté à une conférence sur les catégories de condamnés susceptibles de faire partie de la base de données ADN internationale, Lane y apportait son expérience en tant que responsable Interpol. Nous y sommes restés trois jours et puis Leroy, le correspondant des forces de Police dans notre équipe, m'a appelée sur mon portable : il voulait l'avis de Lane sur ce qu'on allait appeler entre nous "L'affaire des Foetus" et j'ai organisé le retour en France.

Je n'ai pas eu le temps de dormir dans la nuit du dimanche au lundi, pourtant ce n'était pas le premier voyage qu'on passait dans ces conditions, mais Bob voulait tout savoir sur l'affaire et on a épluché nos dossiers, nous organisant une nuit blanche. J'adooore.

A mes débuts chez Interpol, je considérais tous les coupables de crimes violents comme des fous; maintenant, je fais de subtiles distinctions car j'ai vite appris qu'il n'y a pas de limite à ce que l'homme peut faire endurer à son prochain. Pourtant, le coup des foetus, ça m'a quand même laissé un arrière-goût amer dans la bouche, des nausées. Peut-être parce que je suis une femme et donc une mère potentielle, je ne sais pas. En tout cas, cette histoire m'a beaucoup remuée et Robert l'a compris. Vers trois heures du matin, il m'a envoyée dans ma chambre pour prendre un peu de repos...et un peu de recul aussi. A cinq heures et demie, quand mon réveil a sonné, je n'avais pas fermé l'oeil. A ma décharge, je tiens quand même à préciser que je n'ai pas uniquement compulsé le dossier français, mais aussi la majorité des dossiers recensés chez nous avec le mot-clé foetus. Et c'est en prenant ma douche, ce matin-là, que j'ai opéré une nouvelle mutation dans ma gradation personnelle de la folie : les gens capables de commettre ce type de crimes arrivent à présent tout en haut de l'échelle.

La mercedes nous attendait en bas de l'hôtel et à six heures précises nous démarrions pour la France.

Quand je suis arrivée au bureau, un monceau de courrier m'attendait. Sous l'oeil amusé de Leroy, je l'ai simplement mis de côté et j'ai allumé mon PC. J'ai travaillé comme une folle jusqu'à dix heures, jonglant entre différentes sessions et au téléphone avec Hannah, notre conseiller scientifique. Une vraie de vraie généticienne, un petit génie du cyclotron.

A dix heures quart, Robert et moi avions fini les derniers préparatifs et à vingt-cinq nous accueillions nos visiteurs externes.

Et c'est là qu'il est arrivé. Il m'a reconnue, lui aussi. Mon coeur a failli s'arrêter quand j'ai croisé ses yeux : Aubry ! C'est fou comme son prénom a si vite retrouvé sa place dans mon cerveau : Aubry, Aubry, Aubry...Il y tourne avec tant d'aisance, à chaque battement de mon coeur, c'est comme un carrousel qui ne veut plus s'arrêter. Et tout qui s'enchaîne, les mains qui deviennent moites, le froid glacial qui engourdit chacun des gestes, l'horrible boule dans la gorge, le buzz dans le ventre, le frisson intempestif et le vertige qui va, qui vient, qui trompe la vue, comme si la pièce devenait toute petite, trop petite, puis qui s'allonge jusqu'à devenir un véritable hall de foire. Tout ça à cause de cinq petites lettres, des lettres innocentes prises en solitaire mais qui sont devenues ensemble une arme redoutable contre moi : Aubry...

- Olivia ? Tout va bien ?

Robert me regardait d'un air sincèrement inquiet. Dans un réflexe paternel, il m'avait mis la main sur l'épaule et ce simple contact m'a redonné courage, et ramenée sur Terre.

J'ai balbutié une faible excuse, tout mis sur le compte du manque de sommeil et j'ai souri bravement. Il a eu l'air sceptique mais il n'a rien dit. Il a juste hoché la tête et m'a entraînée avec lui dans la salle de réunion. Après tout, c'était moi qui devait prendre note.





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