15/02/2005

Chapitre 2

Le policier était sous la douche lorsque la sonnerie du téléphone retentit dans le couloir.

- Et merde !

Ruisselant d'eau, il sortit du tub, arracha l'essuie qui traînait sur l'évier et se précipita au-dehors mais le répondeur s'était déjà mis en fonction quand il arriva enfin dans le bureau. Il jura bruyamment et se mit à appuyer frénétiquement sur les boutons de l'enregistreur.

- Aubry, il faut absolument que je te parle, mon vieux, disait la voix de Guillaume Cullier, Juge d'Instruction. Je viens de recevoir les résultats d'Interpol, c'est…euh…

Le commissaire décrocha, peu soucieux de l'appareil qu'il ne parvenait pas à éteindre.

- Gui, je suis là, s'écria-t-il avant de jurer à nouveau sur le répondeur qui s'était mis à biper pour une raison inconnue.

De l'autre côté du fil, et malgré le dossier qu'il avait sous les yeux, le juge sentit un léger sourire étirer ses lèvres. Enfin, l'agaçant sifflement prit fin et le magistrat surprit un gloussement féminin qui s'éteignit brusquement tandis que la voix de l'autre lui parvenait comme étouffée.

- Aubry ? Ça va ?

- Hein ? Euh…oui, oui, t'inquiètes pas, juste cette nom de dieu de boîte de conserve qui voulait pas s'éteindre.

- J'ai entendu, merci. Au fait, remercie Erna pour son aide.

Le blanc qui suivit éclaira le juge sur le fait qu'il venait de commettre un impair.

- Euh…c'était pas Erna, vieux, confirma l'autre.

Cullier se mordit virtuellement les lèvres, songea à quelques excuses puis, aucune ne l’ayant convaincu, il se râcla la gorge avant de continuer :

- Ok, Ok. Comme je l’ai dit, je viens de recevoir les résultats d’Interpol et j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

- Dis toujours…

- La bonne, c’est qu’on a identifié l’empreinte inconnue. La mauvaise, c’est que le type est mort depuis plus de 6 mois.

Le juge laissa passer un bon moment, attendant des exclamations qui ne venaient pas, avant de reprendre, un peu troublé par le manque de réaction du policier.

- Claudio Alessandro Buzzeto, lut-il à haute voix. Né le 25 mars 1957 à Rome. Marié et père de deux enfants. Maîtrise en droit à l’université La Sapienza de Rome. Député au Parlement européen depuis 1997. Chef de la délégation de Forza Italie au Parlement européen. Professeur de Droit des Institutions Européennes à l’Ecole de Commerce Solvay, Bruxelles…

- Mazette, siffla le commissaire. Qu’est-ce qu’une huile de l’Union vient foutre dans ce bordel ?

Cullier soupira et se frotta les paupières par-dessus ses lunettes.

- Attends, Aubry, c’est pas tout. Buzzeto a été retrouvé dans un terrain vague de la banlieue de Bruxelles le 1 mai 2004. Mort, évidemment. Apparemment, d’après l’emploi du temps reconstitué par la police fédérale, la dernière fois que le député aurait été aperçu vivant, c’est trois jours auparavant, le 28 avril. Entre les deux, rien. Le brouillard total.

Il perçut de l’autre côté du fil un grincement qui lui indiqua que le policier venait de s’asseoir dans le vieux fauteuil de bureau.

- Mais qu’est-ce que c’est que cette merde ? articula péniblement le commissaire, plus à son attention qu’à celle du juge.

- D’après ce que j’ai pu en lire, continuait Cullier en fouillant dans la masse de paperasse, Buzzeto a été trouvé, je cite : le corps entièrement nu, en position fœtale et enveloppé dans de la toile cirée. Le premier rapport d’autopsie indique qu’il aurait été abusé sexuellement avant d’être étranglé puis émasculé. L’analyse toxicologique a également relevé des traces de brûlures alcalines induisant la présence de gamma hydroxybutyrate de sodium ou GHB. Autrement dit, la drogue du viol.

- Nom de Dieu ! Gui, est-ce qu’on a retrouvé ceux qui…

- Non. Aucune trace de sperme, pas même de résidu séminal et rien qui puisse nous fournir une empreinte génétique autre que celle de la victime.

Cette fois, le policier laissa échapper un grognement.

- Tu veux quand même pas me dire que...

- L'objet utilisé pour pénétrer Buzzeto n'était pas humain, laissa tomber le juge.Pas même organique, apparemment. Certainement un gode. Ou ce que le coupable avait sous la main, dans le pire des cas.

Cette fois le silence s'appesantit, devenant presque palpable tandis que le policier digérait l'information. Assis, presque nu, s'habituant à l'obscurité ambiante, les yeux dans le vide et fixant un point invisible droit devant lui, il ne se rendait plus compte des gouttes d'eau qui coulaient le long de son dos et du cuir qui lui collait aux fesses.

- Aubry ?

- Chuis là, Gui. Merde, je comprends vraiment plus rien, mon vieux. Qu'est-ce que cette histoire a à voir avec notre cigogne ?

- l'ADN, mon vieux.

- l'ADN ? s'étonna-t-il, mais de quoi tu parles ?

Le Juge inspira profondément avant de lâcher la bombe. La deuxième de la journée, mais pas la moindre, sans aucun doute.

- Le foetus....c'est exactement le même ADN. 12 marqueurs, Aubry, et aucun doute possible. Interpol veut nous voir, lundi, 10h30, à Lyon.

La voix qui lui parvint semblait complètement indifférente, comme si le commissaire n'avait prêté aucune attention à ses dernières paroles et Cullier reprécisa le rendez-vous. L'autre sortit de sa torpeur et confirma.

- J'ai entendu, Gui, merci. Putain de merde, mais qu'est-ce que c'est que ce bordel, nom de Dieu, rugit-il soudain. J'y pige que dalle.

- si ça peut te rassurer, moi non plus. Qui sait, peut-être que d'ici lundi, Interpol aura trouvé quelque chose à nous mettre sous la dent : ils ont envoyé une notice orange à tous les pays membres. Si un cas similaire s'est déjà produit, on le saura suffisamment tôt, crois-moi.

- J'espère, mon vieux, j'espère.

La minute suivante, les deux hommes prenaient congé l'un de l'autre, le cadavre mutilé de Buzzeto flottant toujours au-dessus de leurs têtes. Le Commissaire ne s'accorda que le temps de raccrocher avant de former un autre numéro.Ses doigts tambourinèrent sur le bois poli du bureau tandis que les sonneries s'égrénaient de l'autre côté du fil. Un doigt devant sa bouche, il intima le silence à la femme qui venait d'entrer et lui indiqua un siège où prendre place.

Lorsque son interlocuteur décrocha, il brancha le haut-parleur.

- C'est moi. C'est Aubry, mon vieux. Je peux passer te voir ? Ouais, c'est important. Je me suis dit que tu pourrais peut-être me tirer d'affaire...

23:49 Écrit par CSI | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

mmmmh mmmhh... cogitum nec mergiture

Écrit par : cortexxx | 18/02/2005

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